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Je suis comme toutes celles que vous connaissez. Je pourrais être votre soeur, votre amie, votre collègue ou simplement votre voisine. Ici, je vous parle de mon quotidien et de celui de ma famille pour mettre un peu de lumière sur la vie avec un enfant différent! mamantupperware@hotmail.ca
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mardi 20 mai 2014

Responsable pour toujours



Ici, le calme est officiellement installé : Fiston Tupperware va bien.


Il ne fait plus de crise, ni à l'école, ni à la maison. Il collabore avec nous et participe aux tâches de la maisonnée (autant qu'un enfant de 8 ans peut collaborer!)


Le matin, tout va bien. Il est à son affaire et j'ai très peu de rappel à faire.


À son retour de l'école, il prend sa collation puis enfourche son vélo pour aller se promener jusqu'au retour des petits voisins qui reviennent de l'école vers 16 h. Ils jouent ensuite tous ensemble jusqu'à l'heure du souper puis rentrent chacun chez eux pour le repas.


Les fins de soirées sont aussi calmes. Il est autonome pour sa routine de fin de soirée et participe au moment familial avant le dodo. (C'est temps-ci, c'est d'écouter les séries avec Papa Tupperware!)


Bref, tout va bien. On est des parents normaux, qui vivent avec un enfant normal.


Pourquoi en faire un billet? Et bien pour que vous sachiez que c'est possible. Que les enfants différents peuvent bien aller, être calmes et agréables. Pour que les parents qui, comme nous il y a quelques mois, connaissent présentement des moments difficiles, sachent que le calme vient après la tempête, que les efforts qu'ils mettent à aider leurs enfants peuvent être récompensés et qu'il ne faut jamais lâcher.


Les rendez-vous multiples, les thérapies, les spécialistes, la médication, les adaptations scolaires et tout le brouhaha qui vient avec les diagnostics de nos enfants différents valent cent fois l'investissement de temps et (malheureusement) d'argent.


Bien sûr, dans un monde idéal, nos enfants seraient tous neurotypiques. Ils fonctionneraient selon les normes établies, ne feraient que quelques crises par année, apprendraient à lire en première année, à résoudre des problèmes de mathématiques en deuxième et à multiplier/diviser aisément en troisième.

Dans un monde idéal, ils se foutraient bien des étiquettes et des coutures dans leurs vêtements, ils mangeraient leur repas même si la nourriture se touchait dans leur assiette et il accepterait de se laisser laver les cheveux un jour sur deux sans nous fendre les tympans et inonder la salle de bain.

Bien sûr... ce serait bien.


Mais mon enfant, je ne l'échangerais pour rien.


Grâce à lui, j'ai dû apprendre à être un autre type de parent. Un parent qui ne peut pas lire un guide sur l'art d'être un parent ou qui ne peut pas seulement attendre que les choses se tassent d'elles-mêmes. Mon enfant différent a fait de moi un parent différent.


Pour lui, j'ai dû apprendre la patience avec un grand P, la cohérence avec un grand C et l'amour avec un plus grand A. J'ai dû apprendre à composer avec les regards des autres ainsi qu'avec leurs jugements. J'ai dû apprendre que parfois la volonté ne suffit pas et qu'il faut savoir redoubler d'effort pour arriver à nos fins. J'ai dû apprendre à décoder mon enfant quand les mots ne lui venaient pas avant les coups et quand lui même ne savait plus comme se décoder.


Pour lui, j'ai dû apprendre à me remettre en question, à me réinventer chaque jour pour tenir le coup et trouver des solutions tant créatives que constructives. J'ai dû apprendre à choisir mes combats, à lâcher prise à certains endroits et à prendre soin de moi. J'ai dû apprendre à nommer mes propres émotions pour que lui sache comment nommer les siennes, j'ai dû sortir de ma zone de confort, accepter que tout ne soit pas comme je le désirais et que céder du contrôle pour que nous ayons une vie saine et équilibrée.


Mon enfant différent, j'ai dû l'apprivoiser. Et comme le disait si bien Antoine-de-Saint-Exupéry : « Tu deviens pour toujours responsable de ce que tu as apprivoisé ».


Alors chers parents différents : Ne laissez jamais tomber! Notre nouvelle vie commence et nous saurons en profiter!


jeudi 24 avril 2014

La vulnérabilité des enfants différents


Vos enfants vous ont-ils déjà menti? Sûrement n'est-ce pas? Les miens aussi. Rien de bien dramatique. Surtout des trucs du genre « c'est pas moi c'est l'autre! ». Chaque fois, nous sommes intervenus en expliquant à nos enfants que s'ils désiraient qu'on leur fasse confiance, ils devaient être honnêtes, même si cela menait à une conséquence désagréable.

Fiston Tupperware n'est pas menteur. Toutefois, il a tendance à voir seulement les choses à sa façon. On appelle cela de la distorsion. Par contre, quand les choses sont sérieuses, il est droit et honnête (du moins, il l'a toujours été à ce jour!).

Depuis quelque temps, Fiston est voyagé en Berline pour se rendre à l'école. Après quelques semaines, il m'a avisée qu'il avait des problèmes avec son chauffeur de fin de journée. Rien de majeur, mais il voulait que je le sache. Selon lui, il n'avait pas le droit de parler dans le véhicule. J'ai validé avec lui sa perception des choses, lui rappelant qu'il avait tendance à parler très fort et donc que cela pouvait facilement passer pour des cris. Il a compris et a promis de faire l'effort de parler moins fort afin d'améliorer le climat lors de son transport. J'ai tout de même jugé bon de signaler l'événement à la commission scolaire afin que le chauffeur soit avisé que le silence était une utopie avec les enfants comme Fiston.

Les choses se sont tassées. Je croyais que tout allait bien.

Aujourd'hui, Fiston m'a confié un secret. Un secret qui ne fait pas de bien. Il m'a confié que le chauffeur l'avait injurié. Selon ce qu'il m'expliquait, le chauffeur aurait été inadéquat à son égard après qu'il soit descendu du véhicule. C'est son meilleur ami qui lui a dit. Il a ajouté que le climat était tendu dans la voiture pendant le transport et que le chauffeur lui disait souvent de « lâcher le Red Bull », faisant allusion à son niveau d'énergie élevée en fin de journée.

Pas la peine de vous dire que je n'étais pas contente. J'ai contacté la commission scolaire pour porter plainte et obtenir un nouveau chauffeur. La chose sera effective lundi prochain.

Bien sûr, les faits seront validés et les correctifs apportés. Toutefois, ce sera la parole de deux enfants à défis contre celle d'un adulte supposément digne de confiance. Bien évidemment, je ne m'attends pas à ce que je chauffeur admette qu'il a tenu de tels propos. Et qui pourrait le contredire mis à part un enfant TED et un autre « sur le Red Bull »?

Le plus grand défi avec nos enfants est de toujours être à l’affût de ce qu'ils vivent et de savoir faire la part des choses. C'est aussi être en mesure de reconnaître leur vulnérabilité dans un monde où leurs diagnostics jouent contre eux. Surtout quand vient le temps de se faire respecter ou de faire respecter leurs droits. Ils sont vulnérables face aux adultes malveillants qui savent comment tourner la situation à leur avantage quand vient le temps de travailler avec des enfants turbulents ou opposants.

Fiston Tupperware aura un nouveau chauffeur. Probablement que son ami aussi. Parce que deux mamans lionnes ça défend ses enfants. Ensemble. Tout le temps.

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dimanche 30 mars 2014

En plein visage


C'est quand je m'y attends le moins que ça arrive. C'est un peu comme courir un marathon. On court sur une piste ovale, tout va bien et l'on décide de fermer les yeux. Tranquillement, sans s'en rendre compte, on sort de la piste. On pense que tout va bien, qu'on a atteint une bonne vitesse de croisière et puis BANG! Ça nous arrive en plein visage. On ouvre les yeux, on constate que le paysage a changé et que tout ne va plus si bien.

Ici, c'est comme ça.

Depuis près d'un mois, le TDAH de Fiston n'est plus traité. Nous avons décidé de cesser les neurostimulants en raison des effets secondaires ressentis par Fiston. Il mangeait peu, était plus agressif, plus anxieux, présentait de nombreux tics et (SURTOUT!) ne dormait plus. À l'école, les choses ne s'amélioraient pas. En fait elles se détérioraient. Fiston n'était pratiquement jamais en classe.

Après l'arrêt de la médication, les changements ne furent pas drastiques. Fiston a passé 3 semaines en réintégration très graduelle à l'école. Les intervenants ont décidé de retisser les liens avec notre garçon. Il passait donc la journée à jouer avec eux. Il avait besoin de vivre des moments heureux avec eux pour leur faire confiance à nouveau. Leur approche fut fructueuse. Fiston n'a pas fait de crise à l'école depuis.

Toutefois, un problème persiste. Fiston est incapable de se mettre au travail. Il refuse de faire ses travaux, que ce soit en classe ou à la maison.

À la maison, je n'ai jamais accepté que Fiston ne fasse pas ses devoirs, même si cela devait mené à des conflits majeurs. Toutefois, je dois avouer que je commence sérieusement à en avoir assez de devoir me battre avec lui pour 12 mots de vocabulaires et 2 phrases à écrire. Je comprends qu'il ne prend plus de médication, mais je n'arrive pas à concevoir que ce qu'on lui demande soit si difficile à faire! Et c'est souvent pendant la période de devoirs que je m'emporte...

Vient ensuite l'escalade. Fiston se fâche, je me fâche, il crie puis je crie pour qu'il arrête de crier. Scandalisez? Je vous comprends. Moi aussi. Je me scandalise moi-même par moment. Je ne vois pas de façon de nous en sortir.

La travailleuse sociale me dit de lâcher prise, de laisser tomber cette partie de la vie de Fiston, quitte à reprendre l'an prochain, mais je ne me m'y résous pas. Un peu comme si je le laissais gagner, faisant de moi un parent mou qui laisse son enfant devenir un enfant roi. Un peu comme si je devais laisser tomber tous mes principes éducatifs et disciplinaires pour lui, alors que je ne le ferais pas pour mes enfants « neurotypiques ».

Aujourd'hui, Fiston a fait une colère. J'ai aussi fait une colère.

Et alors que je tente de rester positive et que j'essaie de me convaincre que nous avons presque une vie normale, ça m'a sautée au visage : les défis de Fiston sont grands et je devrai trouver une façon d'accepter cela, même si ça ne me plaît pas. Je devrai garder les yeux ouverts pour rester sur la piste parce que le marathon n'est définitivement pas terminé.



dimanche 9 mars 2014

Besoin de répit?


Depuis l'annonce des diagnostics de Fiston Tupperware et avec les périodes difficiles que nous vivons avec lui depuis plus d'un an, on nous a souvent demandé si nous avions besoin d'une pause, de répit. Chaque fois, je réponds la même chose : pourquoi? Et chaque fois, on me répond la même chose : pour vous reposer, vous donner le temps de souffler. N'êtes vous pas fatiguée Maman Tupperware?

À cela je réponds facilement que oui, je suis fatiguée. Je suis fatiguée comme une maman qui a eu un bébé il y a quelques mois, qui allaite jour-soir-nuit et qui trouve que le soleil se lève toujours un peu plus tôt chaque matin. Je suis fatiguée comme une maman dont un des enfants est fiévreux à cause d'un rhume, comme une maman qui a sa part de tâches ménagères à faire, comme une maman qui fait le taxi 2 ou 3 fois par jour et comme une maman qui doit faire le souper pendant que son bébé pleure sa vie et que ses 3 autres enfants crient à tue-tête en jouant aux Tortues Ninja. Je suis fatiguée comme une maman de 4 enfants quoi!

Bien sûr, l'un d'entre eux a des besoins particuliers et je dois jongler avec des rendez-vous et faire des liens entre les différents intervenants. Je dois aussi garder la tête froide quand Fiston dérape, qu'il crie et qu'il refuse obstinément de collaborer. Je dois être disponible quand l'école appelle pour que j'aille le chercher parce que sa journée ne se passe pas bien et qu'il ne peut plus être maintenu à l'école.

Mais ce qui me fatigue le plus n'est pas Fiston en tant que tel, mais bien la pression qui pèse sur mes épaules et qui est directement proportionnelle aux troubles de comportements de notre fils. Je suis fatiguée de ne pas pouvoir passer une seule journée avec l'esprit tranquille parce que la dérape nous guette à chaque instant. Je suis fatiguée d'essayer de comprendre le comment du pourquoi des comportements de mon enfant. Je suis aussi fatiguée de toujours sentir que je dois prouver mes compétences parentales à tous ceux qui mettent le nez dans le dossier de Fiston.

Quand on me demande si je suis fatiguée, je réponds oui. Quand on me demande si j'ai besoin de répit, je réponds non. Je suis fatiguée, mais pas encore dépassée. Je suis fatiguée, mais définitivement pas prête à dire que j'ai besoin de sortir notre fils de notre famille pour quelque temps afin de nous permettre de respirer ou de souffler. Nous travaillons trop fort pour rebâtir avec lui un lien de confiance et l'envoyer ailleurs saboterait carrément tous les efforts déployés et tous les gains cumulés.

Je suis une maman de 4 enfants. Je suis fatiguée. Comme une maman de 4 enfants.


Psst! Je n'ai pas besoin de longs répits, mais j'apprécie tout à fait quand Papie et Mamie Tupperware prennent les enfants pendant 24h. À leur retour, je suis une meilleur maman! :)

lundi 3 mars 2014

Qu'arrivera-t-il si l'amour ne suffit plus?


Lundi matin. La relâche est terminée. Les enfants sont à l'école. Je déguste mon premier café en faisant le tour de l'actualité. Sur les réseaux sociaux, un texte circule. Son titre m'interpelle : Quand l'amour ne suffit pas. (Patrick Lagacé, La Presse +, Édition du 3 mars 2014, section ACTUALITÉS, écran 4)

Je me pose souvent cette question.

Fiston Tupperware a 8 ans. Il crie plus fort que les enfants de son âge, il frappe plus fort que les enfants de son âge et (surtout) il n'apprend pas de ses erreurs comme les enfants de son âge. Pour le moment, il est incapable d'autocritique, se sent constamment ostracisé par ses pairs, ses enseignants et par nous. Devant une situation anxiogène, il est capable des pires scénarios catastrophiques dans sa tête. Quand il a peur ou se sent menacé, il crie et frappe avant d'être frappé.

Un jour, Fiston sera grand. Qu'arrivera-t-il à ce moment-là? Qu'arrivera-t-il quand il aura une tête de plus que moi et que je ne ferai plus le poids? Qu'arrivera-t-il quand il sera « théoriquement » capable se gérer seul et que les services spécialisés ne nous seront plus accessibles au quotidien? Qu'arrivera-t-il si un jour ses comportements deviennent incontrôlables et qu'il devient une menace pour nos autres enfants, pour nous... ou pour lui-même?

Est-ce que l'amour suffira? Sinon... qu'arrive-t-il quand l'amour ne suffit pas?

Qu'arrivera-t-il si Fiston Tupperware continue de s'enliser dans ses troubles, dans sa colère, dans ses impulsions? Qu'arrivera-t-il si ses frères et sœurs n'en peuvent plus de ce frère qui monopolise toute notre énergie, toute notre attention? Qu'arrivera-t-il quand nous n'aurons plus de ressource, que notre famille ne saura plus comment nous aider? Qu'arrivera-t-il si Papa Tupperware et moi devenons fatigué... épuisé, ou pire encore malade et incapable de nous en occuper?

Si tel est le cas, il est clair que l'amour ne suffira pas.

Viendra un moment où, si le pire survient, nous devrons nous asseoir, et discuter. Nous devrons prendre des décisions déchirantes et espérer que cela ne plongera pas notre couple et notre famille dans ce désespoir qui vient après la disparition de l'espoir.

Fiston Tupperware a 8 ans. Il crie. Il frappe. Il s'oppose. Mais il ne fait pas que ça. Il chante, il danse et il rit. Il aime les voitures de course, les jeux vidéos les Légo. Il aime aller manger au resto, aller glisser l'hiver et faire du vélo l'été. Plus tard, il rêve d'inventer une voiture de luxe qui portera ses initiales comme nom. Plus tard, il aimerait avoir des enfants et venir nous voir le dimanche pour prendre un café.

Je ne sais pas ce qui arrive quand l'amour ne suffit plus, mais je sais une chose : j'espère ne jamais devoir parler de mon fils au passé alors qu'il n'est pas mort. J'espère ne jamais m'asseoir dans un café pour raconter le deuil d'un enfant vivant qui nous a glissé entre les doigts malgré tous nos efforts et tout notre amour.

À ce papa qui a ouvert son cœur à Patrick Lagacé : je vous sers dans mes bras et vous remercie d'avoir partagé votre histoire. Seul un homme de cœur pouvait en faire autant.

lundi 27 janvier 2014

Les muffins


5 h du matin. Je m'ouvre un œil. Puis deux. Puis je regarde à nouveau le réveil. Je sais que quelque chose de merveilleux s'est produit cette nuit : Minnie a dormi toute la nuit.

J'entre tranquillement dans sa chambre. Elle dort toujours. Malheureusement pour elle, je dois la réveiller. (Je vous épargne les détails, mais disons qu'avec l'allaitement Minnie doit boire rapidement sinon Dolly Parton pourra aller se rhabiller!).

Je me dirige avec elle vers le salon. Qu'est-ce que j'y trouve? Fiston Tupperware coucher en boule sous la table de salon placé dans un coin sombre. Il me regarde et hésite à sortir. Comme je viens de me réveiller, j'ai un peu de difficulté à comprendre ce qui est en train de se passer.

Une fois sortie de sa cachette, il m'explique qu'il n'a pas dormi de la nuit, qu'il s'est réveillé vers 1 h du matin et qu'il n'est pas retourner se coucher. Il semblerait qu'il n'ait pas jugé bon de nous réveiller. JE le retourne donc dans son lit avec l'ordre de dormir IMMÉDIATEMENT! (Oui oui! Je suis caporale à mes heures!). Bien sûr, cela n'arriva pas.

Après avoir allaité Minnie, je me dirige vers la cuisine où j'avais laissé 6 beaux muffins à l'avoine. Et là, que vois-je?? Et bien 6 muffins dénudés de leur dessus! C'est un carnage. Les moules où il y avait des muffins sont saccagés, il y a des miettes partout sur le plancher et clairement, j'ai la moutarde qui me monte au nez!

Et là... j'ai explosé. J'ai senti la colère montée combinée à une grosse grosse dose de découragement. Mais à quoi avait-il donc pu penser?? Ne pas dormir de la nuit, se cacher sous une table de salon et (la cerise sur le sundae!!) saccager les muffins prévus pour la collation d'aujourd'hui!

J'ai crié après Fiston ce matin. J'ai fait tout un cas des 6 muffins, sur le manque de respect, sur son incapacité à prendre une SEULE bonne décision, sur son égoïsme sans limites, sur son manque de jugement... et j'en passe!

Puis, encore rouge de colère, j'ai ajouté la menace ultime : Fiston avait intérêt à faire un sans faute à l'école sinon sa soirée serait un enfer! JE lui ai promis de le priver de télé, de le confiner à sa chambre, de... je ne sais même plus ce que je lui ai promis.

L'autocontrôle quand on a un enfant comme le nôtre est primordial. Ce matin, je n'en ai pas eu. Pas du tout même. Et même si j'essaie de me trouver une excuse, je n'y arrive pas. Ni la fatigue, ni le découragement ne justifient la réaction que j'ai eue. J'aurais dû respirer par le nez et attendre que ma colère diminue. J'aurais dû laisser Papa Tupperware gérer la situation. J'aurais dû réfléchir avant de parler. J'aurais dû... mais je ne l'ai pas fait.


mercredi 15 janvier 2014

La vie avec Fiston Tupperware


La vie avec Fiston Tupperware c'est un peu comme faire les montagnes russes 2 à 3 fois par jour, beau temps mauvais temps... et même si vous avez déjà mal au cœur. Entre les tours, vous profitez de votre journée, du soleil et de la barbe à papa, mais au moment d'embarquer dans la voiturette, vous ne savez pas si vous survivrez aux multiples descentes et remontées.

La vie avec Fiston Tupperware, c'est dire tranquillement adieu à la spontanéité qui vous habite parce qu'il faut tout planifier et coordonner. Impossible de spontanément décider de faire des biscuits aux brisures de chocolats le dimanche matin parce que s'il vous manque de la farine il vous sera impossible d'aller en chercher en vitesse avec tous vos enfants.

La vie avec Fiston Tupperware c'est devoir réfléchir à chaque mot que vous direz, à chaque action que vous porterez. C'est devoir faire preuve de plus d'autocontrôle que le commun des mortels et de canaliser vos propres émotions afin de ne pas devenir votre propre ennemi.

La vie avec Fiston Tupperware, c'est de travailler fort chaque jour pour maintenir le lien qui vous unit à votre enfant et de le voir s'effriter sans crier gare au gré des crises et des colères. C'est continuer de travailler fort même si parfois, le soir avant de vous endormir, vous savez que vous repartirez à zéro le lendemain matin.

La vie avec Fiston Tupperware, c'est de voir son ego de parent réduit à néant à grands coups d'injures et de cris. C'est parfois en arriver à se dire que même si on est un bon parent, on ne le sera jamais assez pour cet enfant que l'on n’arrive pas à comprendre et à encadrer. C'est fermer les yeux et se dire qu'à nous détester ainsi, il finira sûrement par tout détester de la vie, à détester sa propre vie.

La vie avec Fiston Tupperware c'est de prendre chacune de ses réussites et d'en faire une fête parce que les échecs font tellement mal qu'ils brouillent même nos souvenirs des petits bonheurs. C'est encourager, féliciter et mettre l'emphase sur ce qui est bien, en sachant qu'il aura tout oublié le lendemain.

La vie avec Fiston Tupperware, c'est parfois craindre l'avenir, son avenir. C'est de refuser de lire les statistiques pour garder l'espoir que notre enfant n'en fera pas partie. C'est espérer que chacune de nos interventions aura réussi à faire de lui un être équilibré et heureux et essayer de le visualiser comme un adulte accompli plutôt que comme un adulte accablé.

La vie avec Fiston Tupperware c'est de continuer à l'aimer... sans avoir la garantie que cela sera suffisant.

La vie avec Fiston Tupperware... c'est ainsi qu'elle se vit.



lundi 6 janvier 2014

La fin du congé ::: Le retour en classe de Fiston Tupperware


Les vacances sont (ENFIN!!!) terminées. Demain, Princesse et Fiston Tupperware retournent en classe et Bébé Tupperware à la garderie. Demain, j'aurai ma première vraie journée en tête à tête avec ma Minnie.

D'un côté, j'angoisse. De l'autre, je me réjouis.

J'angoisse parce que Fiston retourne à l'école. Depuis que nous l'avons retiré de l'école en décembre, il va mieux. Il reste toutefois fragile. Il n'a pas fait de crise majeure pendant la période des fêtes, il collabore somme toute plutôt bien à la maison et est certainement moins anxieux qu'il y a quelques semaines. Malgré tout, on sent sa fragilité, ses craintes, ses appréhensions.

Aujourd'hui, j'ai eu la chance de parler avec la directrice de l'école de nos enfants. Nous devions discuter de la façon de procéder demain afin que le retour se fasse dans la joie et l'allégresse. (Vous sentez l'ironie n'est-ce pas?) Par chance, la directrice de l'école de Fiston fait partie de ces gens qui sont passionnés par leur travail et par le bien-être des enfants (en difficulté ou pas!), faisant d'elle une intervenante avec qui il est constructif de travailler. Nous avons donc convenu que Fiston revenait en classe. Point final. Pas de conséquences, pas de parallèle, pas de sermons qui ne finissent plus, pas d'exclusion de notre garçon. Il retourne en classe comme les autres, le cœur et la tête remplis de choses à raconter sur ses vacances de Noël.

Après notre discussion, la directrice a pris le temps de parler quelques minutes avec Fiston, le rassurant sur son retour prévu le lendemain. Quand ils eurent terminé, Fiston m'a remis le téléphone avec un grand sourire. Je ne lui ai pas posé de question. J'ai rangé le combiné et j'ai attendu. Quelques heures plus tard, Fiston m'a dit ceci : « Tu sais Maman... Madame A. et Madame J. ont hâte de me revoir. J'ai hâte d'aller à l'école demain. » Pas un mot de plus.

Demain, Fiston retourne en classe. Pour lui, ce sera un nouveau départ, la chance de prouver qu'il va mieux et qu'il est prêt à fournir les efforts nécessaires pour être maintenus en classe comme les autres élèves. Demain, je retourne à l'école un enfant qui va mieux, un enfant disponible pour apprendre, un enfant presque comme les autres.

Et demain, je me réjouis parce que je pourrai tranquillement profiter de ma Minnie pendant que mes plus grands vaquent à leur vie d'enfant.





lundi 16 décembre 2013

Hospitalisation de Minnie ::: Jour 10


Lundi matin. Dixième journée d'hospitalisation pour Minnie. Onze pour moi.

La tournée médicale débute plus tard que la semaine dernière. Le néonatalogiste en service ne procède pas de la même façon que celui de la semaine précédente.

Assise sur ma chaise berçante, je regarde ma Minnie. Elle est tellement belle, tellement délicate. Selon la pesée de la nuit dernière, elle aurait perdu 5 g. Je n'en fais pas de cas puisqu'elle semble bien. Au moniteur, encore quelques désaturation en sommeil profond, mais qui ne nécessite pas d'assistance. J’attends avec impatience le médecin afin de déterminer le plan de match, de savoir si elle doit passer un respirogramme ou pas, si nous sortirons bientôt... ou pas.

Vers 11 h, c'est notre tour. Minnie doit passer un respirogramme, mais pas ce soir, il y a un autre bébé avant elle et seulement un appareil. Puis, coup de masse : pour sortir, Minnie devra prendre 20 g par jour pendant 2 jours consécutifs sinon pas de congé. Je suis défaite. C'est énorme. Une montagne. Il faut comprendre que Minnie a perdu 16 % de son poids depuis sa naissance, la limite acceptable étant habituellement 10 %. Par contre, il y a une nuance à faire entre la perte de poids de Minnie et la perte de poids d'un bébé d'une maman qui n'est PAS diabétique. Le médecin ne veut rien entendre, il ne fait pas la nuance. Un autre l'aurait fait.

J'ai craqué. J'ai pleuré puis je me suis fâchée... puis j'ai pleuré encore. Puis... plus rien. Juste l'impression de devenir folle, de perdre la tête.

Après avoir discuté avec mon infirmière, nous avons élaboré un plan de match. On a pesé Minnie avant et après le boire, calculant ainsi approximativement la quantité qu'elle prenait lors de l'allaitement. Puis, le boire suivant, j'ai exprimé mon lait pour calculer (toujours approximativement!) la quantité de lait produite. Conclusion : ma production de lait n'est pas à remettre en question. Ce sera donc allaitement à la demande plutôt qu'au 3 heures fixe. Nous verrons demain pour la suite.

Après la visite, j'avais un autre dossier à gérer : Fiston Tupperware.

Notre fils ne va pas bien. Vendredi dernier il a fait une grosse crise de colère et Papa a dû aller le chercher. Ce matin, lors de son arrivée à l'école, on nous l'a retourné : l'intervenante avait comme directive que Fiston serait absent et qu'il réintégrerait l'école le lendemain, après une rencontre avec Papa. Ma mère (qui le reconduisait ce matin) a donc rebroussé chemin avec notre garçon. Pas la peine de vous dire que j'ai parlé à un petit garçon bien débiné, qui me jurait par tous les saints qu'il n'avait pas « sauté sa coche », qu'il ne comprenait pas ce qui se passait. J'étais furieuse!

Après un coup de fil è l'éducatrice, j'attendais impatiemment un retour d'appel de la directrice. Entre temps, avec la journée que j'avais, j'ai pris la décision de rentrer à la maison pour le souper. J'ai planifier avec l'infirmière de Minnie qu'elle recevrait un biberon vers 18 h, me laissant ainsi 6 h de liberté pour retourner à la maison embrasser Fiston, Princesse et Bébé Tupperware.

Après avoir soupé avec mes enfants, j'ai pu discuter avec la directrice (elle travaille tard cette directrice!). Ne sachant quoi répondre à ses interrogations, nous avons décidé Papa Tupperware et moi de retirer notre fils de l'école jusqu'en janvier. De toute façon, avec les activités des fêtes, Fiston aurait fait peu d'académique. Nous avons jugé qu'une pause était nécessaire afin d'éviter qu'il ait à vivre d'autre revers. Son estime de lui étant déjà au plus bas, pas besoin d'en ajouter n'est-ce pas? La direction prévoit nous rappeler s'il trouve une façon d'intégrer notre garçon aux activités plaisantes afin que notre garçon vive un peu de bonheur. Nous verrons en temps et lieu...

Vers 21 h, je suis de retour auprès de Minnie. Je voudrais vous dire que je suis positive et confiante, mais ce serait mentir. Je suis fatiguée et je me demande un peu pourquoi tout cela nous arrive. Je commence à trouver que notre cour est pleine et j'aimerais bien pouvoir en pelleter ailleurs...

Mais bon, comme je le dis souvent, notre vie n'est pas un long fleuve tranquille.



dimanche 17 novembre 2013

Le recul


Fiston va bien. Très bien. Un peu comme si les dernières semaines n'avaient jamais eu lieu. Un peu comme si on venait de se réveiller et que rien de tout cela ne s'était passé.

Fiston est plus calme, plus posé. Il accepte de faire ses devoirs sans s'opposer, il accepte qu'on limite son temps de jeu vidéo, il arrive à se concentrer pour faire du dessin pendant plus de 5 nanosecondes et il arrive même à se raisonner lui-même quand il sent la colère monter.

Je me sens presque déstabilisée.

Avec le recul, je suis plus en mesure de faire le bilan de ce qui a pu le désorganiser dans les dernières semaines et ça me rend triste. Vraiment triste.

La rentrée scolaire, la fréquentation du service de garde, l'arrivée de Minnie Tupperware, mon hospitalisation du mois d'octobre, ma fatigue et mon impatience y sont pour beaucoup. J'ai un peu l'impression d'avoir mal géré mes dossiers, ma vie, mes émotions et les siennes. Un peu comme si quelque part il y a 2 mois, tout avait dérapé, mais que j'étais trop prise un peu partout pour me rendre compte des répercussions que cela pouvait avoir sur mon enfant anxieux. Il aura fallu des larmes, des cris et un appel dedétresse pour me mettre sur la piste de la souffrance de mon enfant.

Aujourd'hui, avec le recul, je prends une part du blâme de ce qui nous est arrivé. Je reconnais que j'aurais dû prendre le temps de m'arrêter un peu, histoire de mieux préparer mon fils aux différents changements qui survenaient dans sa vie en quelques mois. J'aurais dû m'assurer de valider sa compréhension des événements et surtout de mesurer son anxiété face ceux-là. J'aurais du regarder un peu plus autour de moi plutôt que seulement devant moi.

Aujourd'hui, avec le recul, je crois que j'ai voulu me protéger moi-même des répercussions que pouvaient avoir ces changements sur ma propre vie. J'ai fait l'autruche en pensant que tout se passerait bien et que nous n'avions qu'à laisser le temps faire son œuvre. Pour un enfant anxieux, le temps qui passe est notre plus grand ennemi si les réponses aux questions ne viennent pas, si la réassurance se fait attendre.

Aujourd'hui, avec le recul, je comprends mieux le mode de fonctionnement de mon fils. Il a besoin d'être en relation avec moi. Il a besoin de sentir que je suis VRAIMENT là pour lui, quitte à remuer ciel et terre pour s'assurer de ma présence.

Aujourd'hui, avec le recul, je prends ma part du blâme, mais je ne laisserai pas ce blâme me pourrir la vie. Je suis humaine et comme chaque être humain j'apprends de mes erreurs. Je réajuste ma façon d'être et de penser et je continue d'avancer. Parce que la culpabilité ne sert rien et que demain est un autre jour.

Aujourd'hui, avec le recul, il n'y a qu'un constat possible : mon fils fait de moi une meilleure maman, jour après jour.

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mercredi 13 novembre 2013

Le retour au calme de Fiston Tupperware


C'est fait. Fiston est de retour à l'école depuis lundi. Sa période de parallèle est terminée. Au départ, il s'est un peu opposé, mais a vite compris qu'il n'avait pas intérêt à ne pas collaborer. C'est ainsi que lundi et mardi, il a réintégré sa classe en douceur, un peu à l'écart des autres.

Je ne saurais vous dire exactement comment les choses se sont déroulées pendant ces deux journées puisque je n'y étais pas, mais Fiston semble avoir compris que l'école n'était pas la place pour exploser et perdre le contrôle.

Par contre, ce que je peux vous dire, c'est que les 5 journées passées avec moi lui auront été bénéfiques. Ensemble, nous avons beaucoup discuté de ses émotions et de celles que nous vivions comme parents. Nous avons aussi réglé un dossier important : celui de la DPJ (que Fiston appelle la « PDJ »).

En effet, nous avons eu une rencontre avec notre travailleuse sociale la semaine dernière et avons abordé avec elle le sujet du placement temporaire soulevé par la pédopsychiatre. Rapidement, Fiston s'est exprimé. Il a dit à la travailleuse sociale qu'il lui en voulait d'avoir parlé de la possibilité de le sortir de chez lui. Il lui a dit qu'il savait ce qu'était la « PDJ » : une prison pour enfant où la nourriture n'est pas bonne et que selon lui, ce n'était pas pertinent de l'envoyer là. Il a aussi ajouté que la dernière rencontre avec la pédopsychiatre l'avait vraiment beaucoup inquiété et qu'il jugeait qu'il n'avait pas besoin de soucis de plus pour le moment dans sa vie.

Il faut toutefois comprendre une chose bien importante : la travailleuse sociale n'a jamais parlé elle-même de placement à Fiston, mais parce qu'elle était présente lors du rendez-vous, Fiston l'associait aux propos du médecin, assumant qu'elle était d'accord avec elle.

C'est ainsi que lors de cette rencontre, les pendules ont été remises à l'heure et que nous avons pu expliquer à Fiston qu'aucun placement n'était prévu et que le médecin avait probablement voulu lui signifier son inquiétude face à ses comportements. Bref... avec le recul, ce n'était pas pertinent.

En réglant ce dossier dans la tête de Fiston, il est rapidement devenu plus calme et collaborant. Comme si l'on venait de lui enlever un poids énorme de sur les épaules.

Aujourd'hui, Fiston a repris sa petite vie. Le parallèle est fini, il est de nouveau avec ses amis et a pu être réintégré au service de garde régulier en fin de journée (le parallèle s'applique au service de garde aussi). Les choses ne sont pas parfaites. Il argumente encore beaucoup, peine à se coucher le soir sans tester les limites de notre patience, mais somme toute, nous avons retrouvé le petit garçon souriant et vif d'il y a quelques mois.

La vie avec un enfant différent n'est PAS un long fleuve tranquille, mais sachez que nous profitons pleinement des moments où les eaux sont plus calmes.
 

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dimanche 10 novembre 2013

Préparer le retour de Fiston


C'est demain que Fiston retourne à l'école. Nous n'en avons pas parlé du weekend. Nous avons dû en parler aujourd'hui.

Avant d'entrer dans le vif du sujet avec lui, j'ai tenté de faire le bilan des 5 dernières journées. Je voulais qu'il réalise à quel point son état était différent depuis mardi dernier.

À force de dialogue et de patience, Fiston est passé d'agressif à colérique. Puis, tranquillement, sa colère s'est transformée en tristesse.

Fiston n'est pas le type d'enfant qui pleure, mais à force d'arriver à nommer ses inquiétudes et ses peurs, il a commencé à vivre sa tristesse et à s'autoriser à pleurer. Nous avons laissé place à ses larmes, les avons accueillies et séché une à une.

Aujourd'hui, Fiston était d'un calme que je ne lui connaissais plus. Il a fait une journée hors du commun, acceptant même calmement que je refuse de le laisser jouer à ses jeux vidéo et s'offrant gentiment pour m'aider dans certaines tâches qu'il a pourtant horreur d'accomplir.

Aujourd'hui, j'ai eu l'impression que mon fils avait grandi.

Alors que le souper était en cours de préparation, je me suis assise avec lui à la table de la cuisine. Nous devions discuter de ses attentes face à son retour en classe demain. Fiston à fondu en larmes.

« Maman, j'ai peur. J'ai peur de ce qui m'attend. J'ai peur que Madame A. soit encore fâchée et que Madame J. aussi. J'ai peur que les amis n'acceptent pas mes excuses et m'obligent à réparer mes torts en me demandant des tâches comme nettoyer leur bureau. J'ai peur qu'on s'attende à plus que ce que je suis capable d'offrir. »

En effet, les amis de sa classe auront des choses à lui dire. Certains accepteront son retour sans heurt, d'autres pas. Je n'ai pas pu le rassurer face à cela. Tout ce que j'ai pu faire est de lui rappeler que madame A. et Madame J. étaient là pour l'aider et qu'il devrait leur faire confiance. Je lui ai rappelé que personne à l'école ne lui voulait de mal.

J'ai aussi dû lui annoncer qu'il devrait terminer la période de « parallèle » qui n'avait pas été terminée en début de semaine passée. Je lui ai expliqué qu'il devait s'accorder ces deux journées pour renouer avec ses pairs et son environnement. Il n'était pas content, mais a consenti à se conformé. Deux jours, c'est vite passé.

À l'heure du coucher, je n'ai rien trouvé de bien rassurant à lui dire, mis à part que nous serions avec lui à chaque étape de son retour. J'ai été transparente en lui disant que ce serait difficile, mais que nous avions confiance, son père et moi, qu'il serait capable de surmonter l'épreuve qui l'attendait.

Pour la suite, il faudra attendre les prochains jours pour savoir comment Fiston s'en sera tiré...

vendredi 8 novembre 2013

Le plan d'intervention


Certaines semaines sont plus longues que d'autres. Cette semaine le fut plus particulièrement.

Ce matin, c'était le plan d'intervention pour Fiston Tupperware. Nous étions nombreux et avions beaucoup de choses à discuter. Il serait bien difficile pour moi de vous faire une synthèse de cette rencontre, mais disons que les principes fondamentaux des interventions ont été revus.

Comme parents, nous avons pu nous exprimer face aux interventions qui étaient déjà en place et face à celles qui seront mises en place dans les prochaines semaines.

Nous avons pu entendre exactement ce que les intervenants observaient de notre fils et l'analyse qu'ils faisaient de ses comportements. Ensuite, la ligne directrice a pu être tracée afin de guider nos interventions et de permettre une cohérence entre le milieu scolaire et le milieu familial.

Ce type de rencontre n'est jamais facile. Nous nous retrouvons assis autour d'une table où plusieurs intervenants nous font part de leurs observations et où nous nous sentons souvent démunis. Comme parents, il devient souvent difficile de rester objectif. Nos perceptions sont souvent erronées, car elles sont influencées par le lien affectif qui nous lie à notre enfant.

Ce que je retiens de cette rencontre est important : tous les gens présents aujourd'hui ont le bien-être de notre fils à cœur. Ils désirent tous que la situation s'améliore et surtout que notre garçon se sente mieux. Chacun est prêt à mettre l'énergie nécessaire pour que les interventions soient positives et afin que Fiston en vienne à vaincre ses démons intérieurs.

Le chemin à parcourir sera long. Il sera aussi parsemé d’embûches, d'obstacles et de moments de découragement. Par contre, nous avons senti que tout serait mis en œuvre pour passer au travers ces moments difficiles.

En ce moment, Fiston ne sait pas ce qui l'attend à son retour à l'école lundi prochain. Il ne sait pas encore qu'il devra travailler en parallèle pendant 2 jours et qu'il devra revenir sur certains événements avec son enseignante et sa TES. Papa Tupperware et moi, de concert avec la psychoéducatrice de pédopsychiatrie, avons convenus d'attendre dimanche avant de lui en parler. Nous avons décidé de passer les prochaines 48h dans la joie et l'allégresse (autant que faire se peut!). Au menu, la finition de la chambre de Minnie Tupperware, des jeux de société en famille, ainsi que pleins de petits trucs qui font sourire.

Dimanche, nous serons transparents. Nous expliquerons à Fiston que son retour ne sera pas facile, mais que nous croyons qu'il réussira à passer au travers cette épreuve parce que nous serons avec lui, à chaque pas.

D'ici là, place aux jeux et au plaisir! (Et au cumul de cubes de matière grise!)

mercredi 6 novembre 2013

La cassure


Mardi, j'avais beaucoup de choses à faire. Un rendez-vous pour des prises de sang, une visite chez un ami puis une dernière visite chez une autre amie pour aller chercher des trucs de bébés pour l'arrivée prochaine de Minnie Tupperware. (Que voulez-vous, à 31 semaines de grossesse, rien n'est prêt encore!)

C'est vers 11 h dans l'avant-midi que j'ai réussi à m'asseoir devant un excellent latte. Puis, au moment de prendre la première gorgée de mon succulent breuvage, mon cellulaire a sonné. Le temps que j'agrippe mon appareil, l'interlocuteur avait déjà raccroché. Malheureusement, j'ai le service d'afficheur d'appel. J'ai donc su immédiatement qu'il était fort probable que je ne termine pas mon café. C'était l'école.

Puis, la sonnerie a à nouveau retenti. C'était Papa Tupperware qui me demandait si je pouvais aller chercher notre fils à l'école. Étant au boulot, il ne pouvait pas se libérer. Fiston ne collaborait pas et il était impossible de le garder en classe ou même à l'école.

Bien sûr, j'allais y aller.

Sur le coup, j'étais très (trop?) en colère. Quand j'ai réussi à parler à une intervenante, j'ai été plutôt cinglante : je serais à l'école dans 30 minutes et je m'attendais à être accueillie par la psychoéducatrice et la direction. J'ajoutai que je voulais aussi que l'on mette tous les effets personnels de Fiston dans son sac à dos, car il ne retournerait pas à l'école avant la rencontre du plan d'intervention prévue à la fin de la semaine.

En arrivant à l'école, j'ai pu m'entretenir avec la psychoéducatrice. Je ne fus pas surprise des faits relatés. Fiston ne voulait pas collaborer et refusait de reprendre ses étapes (processus visant à réparer des gestes posés et étendus sur plusieurs journées). En résumé, Fiston devait travailler en parallèle pendant 3 jours et semblait cumulé de la colère. Au moment de sortir de classe il s'est mis à crier et à refuser tous les moyens mis à sa disposition pour gérer sa colère. À ce jour, je n'ai pas encore tous les détails, mais nous prévoyons éclaircir le tout vendredi prochain.

J'ai ensuite expliqué à la psychoéducatrice que je ne voyais pas la pertinence de laisser Fiston à l'école s'il n'en tirait aucun bénéfice et que les intervenants n'arrivaient plus à l'aider. J'ai ajouté que je prenais la décision de le garder à la maison jusqu'à la semaine suivante, le temps que tout le monde arrive à respirer un peu et à voir plus clair. Elle était d'accord avec moi, soulignant qu'une cassure entre le milieu scolaire et mon fils pouvait être bénéfique.

C'est donc avec un petit garçon triste et en colère que je suis revenue à la maison. Bien sûr, lui n'était pas content (et ne l'est toujours pas). Et moi... bien moi je ne sais pas trop.

D'un côté, je ne veux pas discréditer les interventions de l'école et de l'autre, j'ai besoin de savoir que mon fils est en sécurité au niveau psychologique. Il m'est inconcevable qu'on puisse laisser une enfant dans cet état et ne pas intervenir et comme j'ai ressenti que mes valeurs étaient ébranlées, j'ai préféré le retirer.

Je ne sais pas comment nous serons reçus à l'école vendredi prochain. Je ne sais pas si les intervenants nous jugent ou nous en veulent. Je ne sais pas non plus quel sera le plan pour réintégrer Fiston dans sa classe. Et pour être honnête, en ce moment, cela m'importe peu. Fiston est calme, il fait les travaux que je lui demande de faire (je découvre l'école à la maison!) et il n'a pas fait de colère depuis 24 h

Alors comme je le dis souvent : Un jour la fois, rien ne sert de vouloir aller plus vite.




*Le travail en parallèle consiste a pouvoir réintégrer la classe, mais à travailler dans sa bulle (entre deux paravents) et à ne pas pouvoir intégrer le groupe. Cette méthode a pour but de permettre aux autres enfants d'apprivoiser l'enfant qui a eu un comportement perturbateur et qui a provoqué de la peur chez les autres camarades de classe.

mercredi 30 octobre 2013

La honte

S'il y a une émotion plus difficile que les autres à gérer, c'est probablement la honte. Vous savez, cette émotion qui vous fait baisser la tête et vouloir fuir une situation, et ce rapidement? Cette émotion qui pèse lourd sur le cœur et la conscience de la personne qui la vit?

Il y a deux sortes de honte : celle qui nous est infligée et celle que l'on s'inflige.

Dans mon enfance, s'il y a une chose dont je me souviens c'est de ma mère qui me disait souvent : « Fais-moi pas honte ». Si je parlais trop fort ou si je bougeais trop, la consigne arrivait comme une claque en plein visage. Pas la peine de vous dire donc que je cessais de parler ou de bouger.

En grandissant, je me suis promis que le jour où j'aurais des enfants, je ne leur servirais pas le « Fais-moi pas honte » dès qu'ils bougeraient un peu ou qu'ils parleraient plus fort que les autres.

Puis... j'ai eu Fiston Tupperware.

J'ai réalisé depuis quelque temps que je trouve très difficile les excès de colère de mon garçon, surtout en public. Je ne me sentais pas ainsi quand il avait 4, 5 ou 6 ans. Mais maintenant qu'il en a 8, je ne perçois plus (du tout!) ses crises de la même façon.

Quand il est en colère, il ne parle pas fort, il crie. Pour se faire comprendre, il insiste et répète ses demandes des dizaines de fois. Quand il réalise qu'il ne gagnera pas, il passe parfois aux insultes. Quand il réalise que je suis (officiellement) fâchée, il pleure, hurle et s'inflige lui-même des commentaires désobligeants, se victimisant par le fait même.

Cette semaine, Fiston s'est fâché quand je suis allée le chercher à l'école. Une histoire banale de lampe de poche qu'il devait apporter à l'école est devenue une urgence nationale. Il voulait aller magasiner une lampe de poche immédiatement, ce qui n'était pas prévu à ce moment dans ma planification de fin de journée. Après lui avoir expliqué qu'il aurait sa lampe de poche pour son activité et qu'il n'avait pas besoin de s'inquiéter, il a explosé.

J'ai manqué de patience. Je l'ai regardée droit dans les yeux et lui ai dit : « Arrête immédiatement! Tu me fais honte devant tout le monde! »

Sur le coup, je n'ai pas réalisé ce que je venais de lui dire, sur l'impact que cela pouvait avoir. Ce n'est qu'une fois arrivé à la maison que j'ai pris conscience de l'énormité de ce que je lui avais dit. Je ne veux pas que mon fils pense qu'il me fait honte en tout temps. Je crois que je voulais seulement qu'il arrête de crier et comme aucune de mes explications ne lui suffisait, bien je n'ai rien trouvé de mieux à dire.

Une fois à la maison, j'ai expliqué à mon fils que quand il hurlait ainsi et qu'il n'arrivait pas à se contrôler, je ne me sentais pas bien, que je me sentais gênée par son comportement. Je lui ai expliqué que je n'aimais pas que les gens présents s'arrêtent pour nous regarder (et nous juger!) et que c'est souvent pour cela que je finissais par manquer de patience. Il m'a répondu qu'il comprenait parce que lui aussi avait honte de se comporter ainsi... que lui aussi voudrait être capable de s'arrêter, mais qu'il en était incapable.

La honte est une émotion lourde à porter. Elle est lourde pour l'adulte, alors elle doit l'être doublement pour l'enfant (qu'il ait ou non des défis à relever!). Je crois qu'il faudra donc que je garde en tête que la honte ne sert à rien et qu'elle a plutôt tendance à m'empêcher de bien intervenir avec mon fils.

Ceci étant dit... je demeure humaine et je sais très bien qu'il m'arrivera encore des moments où mon garçon fera des crises qui amèneront ce sentiment désagréable qu'est la honte. Maintenant, ne restera plus qu'à en prendre conscience à temps et à gérer plus sainement l'inconfort.


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lundi 28 octobre 2013

Désamorcé


Lundi matin. Fiston est de bonne humeur. Il enclenche ses routines de façon autonome et est le premier à terminer de se préparer. Mis à part les quelques petits accrochages de routine avec sa sœur, tout va bien.

En classe, quelques tensions avec un camarade et qui ont nécessité quelques interventions, mais encore une fois, rien d'inhabituel. La crise a été gérée par l'enseignante et la TES. Ce n'est pas la première fois et ce ne sera certainement pas la dernière.

Après l'école, Fiston est fidèle à lui-même. Il est plus fébrile et a très hâte de rentrer à la maison. Une fois à la maison, il s'empresse d'aller jouer dehors. Habituellement, je lui demande de faire ses lectures, mais quand il me demande d'un air suppliant d'aller dehors, je ne résiste pas. Il a sa journée dans le corps lui aussi après tout! Un peu d'air frais ne peut lui faire que du bien.

Après une quinzaine de minutes dehors, il revient avec un ami. Ils me demandent tous les deux s'ils peuvent jouer à l'intérieur. Habituellement, je refuse. La règle est simple : pas d'ami à la maison les soirs de semaines. Mais ce soir, j'ai décidé de faire autrement. Je leur ai donné mon autorisation avec comme seule condition de ne pas jouer aux jeux vidéo.

Sur le coup, Fiston n'était pas certain. Lui et son ami ont la même passion pour les jeux vidéos et Fiston ne savait pas trop si son ami accepterait de faire autre chose. J'ai donc questionné le petit voisin sur ses intentions de jeux. Ce dernier accepta de jouer aux Légo ou aux super héros. Malheureusement, Fiston n'était toujours pas content. Il était sur le point d'exploser.

Au moment où j'allais intervenir, une chose fantastique s'est produite : l'ami de Fiston s'est approché calmement et a demandé à mon garçon de ne pas se fâcher, de simplement venir jouer, en ajoutant qu'il y aurait bien d'autres moments où ils pourraient jouer aux jeux vidéo. Fiston n'a pas protesté. Il est allé jouer avec son copain. La bombe était désamorcée.

Sur le coup, je me suis dit que j'aurais peut-être dû punir mon fils pour sa colère, pour ses cris, mais je me suis retenue. La situation n'a pas dérapé et les deux garçons jouaient tranquillement dans le salon avec Bébé Tupperware. Pourquoi chercher les problèmes là où il n'y en a pas n'est-ce pas?

Je suis revenue sur l’événement avec Fiston. Il a constaté lui-même qu'il avait été plus facile pour lui de se contrôler parce que la demande venait de son ami et qu'il ne voulait pas lui déplaire. Quand je lui ai demandé pourquoi il n'arrivait pas à faire la même chose avec moi... il est resté silencieux.

Clairement... je crois que ce qui s'est passé aujourd'hui me donne une bonne piste de réflexion sur ce qu'il y a à travailler avec mon fils aîné.
 

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jeudi 24 octobre 2013

L'appel de Fiston Tupperware


Il est 13 h. Nous avons rendez-vous en pédopsychiatrie avec Fiston. Papa Tupperware travaille alors je suis seule avec notre garçon.

Après l'évaluation par l'infirmière des paramètres vitaux de Fiston, nous passons dans le bureau médical où la pédopsychiatre et la travailleuse sociale nous attendent.

Je suis calme et Fiston aussi. Nous avons certes beaucoup de choses à raconter, mais personne n'est anxieux outre mesure. Fiston, fidèle à lui-même, parle de tout et de rien, sans regarder son médecin.

Puis, au fil de la discussion, Fiston se fâche. Il n'aime pas être questionné sur ses comportements plus difficiles. Il n'aime pas que l'on parle de ses colères, de ses oppositions. Il aime encore moins qu'on le confronte face à ses choix de comportements et face aux moyens inadéquats qu'il utilise parfois.

Malheureusement pour lui, son médecin ne lâche pas prise. Elle veut savoir ce qu'il se passe dans sa tête, pourquoi Fiston a commencé à se frapper la tête sur les murs lorsqu'il est en colère... et c'est à ce moment que le chat est sorti du sac. Fiston a explosé!

« Je ne changerai jamais. J'en suis incapable. Vous voulez que je fasse quoi quand je suis fâché? Je n'ai pas le droit de crier, je n'ai pas le droit de bardasser ou de briser des choses! Me reste plus qu'à me frapper la tête sur les murs. Ça diminue un peu ma colère, mon stress! De toute façon, il n'y en a plus de solution avec moi. Ne me reste plus qu'à mourir. Je suis trop méchant de toute de façon! »

J'étais sidérée. Je savais qu'il n'allait pas bien, mais je ne me doutais pas à quel point sa détresse était grande, ni à quel point il était capable de mettre en mots tant de souffrance.

Bien sûr, son discours n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. La pédopsychiatre a trouvé tout cela bien inquiétant. Elle a demandé à Fiston de cesser de se blesser sinon elle devrait signaler son cas à la DPJ pour le faire évaluer pendant 30 jours.

J'ai craqué. Fiston aussi

Puis, après discussion, elle m'a expliqué que la situation pouvait devenir dramatique si nous ne faisions rien. De concert avec la travailleuse sociale, nous avons exploré les causes qui avaient pu mener notre fils dans un tel état d'esprit. Pas de changements majeurs sont survenus dans sa petite vie d'enfant, mais sa difficulté à s'adapter aux quelques changements qui ont eu lieu lui demande énormément d'énergie et engendre une quantité astronomique d'anxiété.

Fiston ne sait plus comment s'adapter. Ni en classe, ni à la maison. Il a besoin d'une pause, d'un répit. Il a besoin que nous, les adultes, prenions la responsabilité de son adaptation pour quelque temps et soyons un peu plus flexibles avec lui. Son petit cœur ne supporte plus l'exclusion et la différence. Il demande qu'on arrête de tout changer autour de lui pour lui donner le temps de reprendre son souffle.

Fiston ne sera pas placé en famille d'accueil ou en centre jeunesse. Nous avons encore de la latitude pour intervenir. Tous ses intervenants seront sollicités dans les prochains jours pour s'asseoir et mettre en place un plan d'urgence qui visera à soutenir notre fils dans sa détresse et à l'accompagner jusqu'à ce qu'il retrouve un certain équilibre psychologique et émotionnel.

Ceci étant dit, je serais bien malhonnête de vous dire que je n'ai pas eu le cœur dans la bouette aujourd'hui. J'ai été complètement déstabilisée par le discours de mon fils de 8 ans et Papa Tupperware aussi. Mais plutôt que de pleurer notre vie, nous resterons auprès de lui et continuerons de l'épauler dans son cheminement.

Seul l'avenir nous dira si nous aurons su le faire adéquatement.
 

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*Quand j'ai entrepris ce blogue, je me suis promis de ne pas censurer ou cacher notre réalité. Libres sont mes lecteurs de juger les propos tenus ici, mais sachez que de cacher la réalité ne fait que maintenir les gens dans l'ignorance face aux problèmes de santé mentale que peuvent vivre de jeunes enfants.

mardi 22 octobre 2013

La dérape


Fiston ne va pas bien. Pas bien du tout.

Certains blâment mon hospitalisation, d'autres l'arrivée de Minnie Tupperware. Certains croient qu'il réagit mal au début de l'année scolaire et qu'il ne s'adapte pas à la nouvelle dynamique de son groupe. Certains pensent que la médication est à revoir, que de nouvelles thérapies sont à mettre en place et qu'on doit s'attaquer au problème de front.

Moi, j'écoute, je hoche de la tête, mais je ne sais plus qui accuser ni quoi mettre en place.

Les trois dernières semaines ont été vraiment difficiles. Fiston est opposant, agressif, arrogant. Il ne collabore pratiquement jamais et explose dès la moindre irritation. Que ce soit pour s'habiller le matin, traîner son sac à dos, prendre sa douche ou faire ses devoirs, tout est sujet à conflit.

Hier, il a fait une colère. Une grosse colère. Il s'est frappé la tête à plusieurs reprises sur une porte. Résultat : une ecchymose violacée au périmètre d'un kiwi en plein centre du front. C'est la première fois que notre garçon allait jusqu'à se blesser pendant une colère. Je ne suis pas rassurée.

Lorsque l'on essaie de lui parler, de le raisonner, il ne trouve rien à dire. Il se sent rejeté, exclu de tout. En classe, il veut faire payer à son enseignante toutes les punitions des dernières semaines. Selon lui, elle est la cause de tous ses problèmes : elle ne lui fait pas confiance et ne le croit jamais quand il tente de s'expliquer. Selon moi, il y a deux côtés à une médaille et c'est ce qui frustre Fiston. À son sens, je devrais le croire sur parole, mais ce n'est pas le cas.

Je peux facilement imaginer que les intervenants scolaires soient moins patients avec notre fils. Je le suis moins moi-même. Être en conflit vingt fois par jour avec la même personne, pour les mêmes raisons et cela jour après jour... c'est épuisant.

Ce soir, Fiston s'est couché en colère. Après une Xième crise, j'en ai eu assez. Sa soirée s'est donc terminée abruptement... du moins selon lui, parce que la crise qui a suivi n'a fait qu'allonger la mienne.

Certains se questionnent sur les changements de comportements de notre fils et accusent en alternance la médication, les interventions et les intervenants. Moi, j'accuse sa santé mentale. Parce qu'à ce jour, rien n'a été chambardé ou modifié, qui puisse provoquer de telles réactions. Nous sommes les mêmes parents, il a les mêmes intervenants et nous travaillons tous de concert pour que tout demeure stable autour de lui.

Maintenant, ne reste plus qu'à espérer que les nouveaux outils mis en place et que le retour de certains spécialistes dans la vie de notre garçon (et de notre famille!) viennent rétablir l'équilibre fragile que nous avions réussi à créer autour de lui.

Ne reste plus qu'à espérer que notre fils se sente mieux rapidement parce qu'en ce moment... porter ses souliers ne doit pas être évident.


jeudi 26 septembre 2013

Le grand coeur de Princesse Tupperware



  • Maman, tu sais ce que j'ai fait aujourd'hui à l'école?
  • Non ma poulette. Quoi?
  • Ben, mon ami S. était en crise alors je lui ai fait un massage pour l'aider. Après, il était calme... presque endormi!
  • C'est très gentil ça ma puce.
  • Les autres amis s'en vont quand il fait des crises parce qu'il lance des choses.
  • Et toi? Tu ne t'en vas pas?
  • Ben non maman. Mme Sandra dit que S. est différent. Je suis habituée à ça.
  • Habituée?
  • Ben là, Maman! S. il est comme Alex. Il explose. Ça arrive. C'est pas sa faute.
  • Et ça ne te dérange pas?
  • Ben au début oui. Surtout que K. aussi il est différent. J'ai deux amis différents dans ma classe. Les deux ont des lézards lourds, les deux ont des pictos et les deux, quand ils se fâchent, ils explosent. Pis au début, j'étais fâchée parce que tsé, moi j'ai déjà Alex à la maison qui fait des crises, pis là ben j'avais K et S qui en faisaient à l'école.. J'étais tannée là..
  • Mmmm... tu trouves ça difficile des fois hein?
  • Oui, mais je comprends maman. Ils sont différents. C'est tout. Moi aussi je voudrais être différente des fois...
  • Pourquoi?
  • Ben... (regard gêné)... Ils sont vraiment beaux les lézards de K. Et S. J'aimerais ça en avoir un moi aussi. Tsé, juste pour moi.
  • Ah ah! Je comprends ma puce. Je comprends.

Ma belle princesse Tupperware n'a que 5 ans, mais comprend bien la réalité dans laquelle elle vit. Elle comprend la différence et s'y adapte. Ce n'est pas toujours facile pour elle, ni pour Bébé Tupperware d'ailleurs, mais ça fait partie de sa réalité, de son quotidien, de sa vie.
 
Aujourd'hui, elle m'a rassurée. En me parlant ouvertement de comment elle vivait le fait d'avoir des enfants à défis dans sa classe, elle m'a prouvé qu'elle avait un grand cœur et qu'elle faisait la différence entre ce qu'elle pouvait changer, et ce qu'elle devait accepter.
 
Malgré les défis qu'apporte avec lui l'enfant différent, il apporte aussi de belles leçons de vie. Tenez-vous-le pour dit!



Lézards lourds
fdmt.ca

lundi 23 septembre 2013

Moi, mes souliers...


Le jour où j'ai chaussé pour la première fois mes souliers, je l'ai fait sans broncher. J'ai d'abord cru que ça aurait pu être pire, que j’aurais pu me retrouver nu-pieds, mais qu'au lieu de cela j'avais mes propres souliers.

Mes souliers sont souvent trop étroits, me laissant parfois croire qu'ils ne sont pas vraiment à moi. Puis, soudainement, ils deviennent trop grands et me blessent à chaque pas. Quand j'ai voulu les retourner, on m'a dit que c'était impossible, que je devais les garder aux pieds. On m'a ensuite souhaité de ne pas trop les user...

Moi, mes souliers, ils ont peu voyagé. Malgré cela, mes semelles sont bel et bien usées. Usé d'avoir fait les cent pas, d'avoir fait du sur place, d'avoir défoncée les portes qui se trouvaient devant moi.

Moi, mes souliers, personne n'a vraiment envie de les porter. On les regarde, on les scrute, on les juge, mais jamais on ne les essaie. Puis, quand ils prennent trop de place, on me demande de les retirer, on les tasse dans l'entrée et on fait ce que l'on peut pour les ignorer.

Avant qu'ils soient si usés, je trouvais toujours quelqu'un pour me dire qu'au fond, mes souliers étaient bien utiles et me permettaient encore d'avancer. Puis, le temps a passé et on n'a plus voulu entendre parler de mes foutus souliers. On m'a laissé en plan, avec mes bottines percées et on m'a souhaité d'en trouver une autre paire. Plus belle, plus solide et surtout moins usés.

Mais vous savez quoi? Mes chaussures à moi, on ne les change pas comme ça!

Ce sont mes souliers usés qui témoignent de tous les sentiers parcourus, de tous les chemins défrichés. Ce sont mes souliers qui me rappellent chaque jour que même lorsque j'y étais à l'étroit, j'arrivais quand même à marcher. Ce sont mes souliers, aussi brisés soient-ils, qui m'ont permis d'explorer le monde de mon enfant différent. Ce sont ces souliers qui ont fait de moi la mère que je suis devenue aujourd'hui.

Alors avant de juger mes souliers et de me dire d'arrêter d'en faire l'éloge ou d'arrêter d'en parler, ayez le courage de venir y glisser vos pieds. Tenter de nouer les lacets sans qu'ils ne vous cassent entre les doigts. Faites le tour du pâté de maisons et sentez l'étroitesse sur vos pieds. Essayez de courir et sentez la rudesse du sol sur vos talons. Et quand cela sera fait... essayez de ne pas revenir sur les genoux, les chaussures pendantes autour du cou.

Moi mes souliers sont usés. Malgré cela je ne les changerais pas. Je vais les garder précieusement, comme on garde le souvenir d'un passage obligé, d'un parcours imposé. Et plus tard, quand mon enfant me demandera comment j'ai fait pour rester debout à ses côtés et sur mes deux pieds... je lui dirai que c'est moi qui avais les meilleurs souliers et je le remercierai de me les avoir mis aux pieds.

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