Lundi
matin. La relâche est terminée. Les enfants sont à l'école. Je
déguste mon premier café en faisant le tour de l'actualité. Sur
les réseaux sociaux, un texte circule. Son titre m'interpelle :
Quand l'amour ne suffit pas. (Patrick Lagacé, La
Presse +, Édition du 3 mars 2014, section ACTUALITÉS, écran 4)
Je
me pose souvent cette question.
Fiston
Tupperware a 8 ans. Il crie plus fort que les enfants de son âge, il
frappe plus fort que les enfants de son âge et (surtout) il
n'apprend pas de ses erreurs comme les enfants de son âge. Pour le
moment, il est incapable d'autocritique, se sent constamment
ostracisé par ses pairs, ses enseignants et par nous. Devant une
situation anxiogène, il est capable des pires scénarios
catastrophiques dans sa tête. Quand il a peur ou se sent menacé, il
crie et frappe avant d'être frappé.
Un
jour, Fiston sera grand. Qu'arrivera-t-il à ce moment-là?
Qu'arrivera-t-il quand il aura une tête de plus que moi et que je ne
ferai plus le poids? Qu'arrivera-t-il quand il sera « théoriquement »
capable se gérer seul et que les services spécialisés ne nous
seront plus accessibles au quotidien? Qu'arrivera-t-il si un jour ses
comportements deviennent incontrôlables et qu'il devient une menace
pour nos autres enfants, pour nous... ou pour lui-même?
Est-ce
que l'amour suffira? Sinon... qu'arrive-t-il quand l'amour ne suffit
pas?
Qu'arrivera-t-il
si Fiston Tupperware continue de s'enliser dans ses troubles, dans sa
colère, dans ses impulsions? Qu'arrivera-t-il si ses frères et
sœurs n'en peuvent plus de ce frère qui monopolise toute notre
énergie, toute notre attention? Qu'arrivera-t-il quand nous n'aurons
plus de ressource, que notre famille ne saura plus comment nous
aider? Qu'arrivera-t-il si Papa Tupperware et moi devenons fatigué...
épuisé, ou pire encore malade et incapable de nous en occuper?
Si
tel est le cas, il est clair que l'amour ne suffira pas.
Viendra
un moment où, si le pire survient, nous devrons nous asseoir, et
discuter. Nous devrons prendre des décisions déchirantes et espérer
que cela ne plongera pas notre couple et notre famille dans ce
désespoir qui vient après la disparition de l'espoir.
Fiston
Tupperware a 8 ans. Il crie. Il frappe. Il s'oppose. Mais il ne fait
pas que ça. Il chante, il danse et il rit. Il aime les voitures de
course, les jeux vidéos les Légo. Il aime aller manger au resto,
aller glisser l'hiver et faire du vélo l'été. Plus tard, il rêve
d'inventer une voiture de luxe qui portera ses initiales comme nom.
Plus tard, il aimerait avoir des enfants et venir nous voir le
dimanche pour prendre un café.
Je
ne sais pas ce qui arrive quand l'amour ne suffit plus, mais je sais
une chose : j'espère ne jamais devoir parler de mon fils au
passé alors qu'il n'est pas mort. J'espère ne jamais m'asseoir dans
un café pour raconter le deuil d'un enfant vivant qui nous a glissé
entre les doigts malgré tous nos efforts et tout notre amour.
À
ce papa qui a ouvert son cœur à Patrick Lagacé : je vous sers
dans mes bras et vous remercie d'avoir partagé votre histoire. Seul
un homme de cœur pouvait en faire autant.
.jpg)