Qui êtes-vous ?

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Je suis comme toutes celles que vous connaissez. Je pourrais être votre soeur, votre amie, votre collègue ou simplement votre voisine. Ici, je vous parle de mon quotidien et de celui de ma famille pour mettre un peu de lumière sur la vie avec un enfant différent! mamantupperware@hotmail.ca

lundi 17 octobre 2011

Le signe

     Bon. L’automne est là! Je savais qu’il arriverait. Je n’avais même pas besoin de sortir de la maison pour voir les feuilles tomber, le gazon jaunir ou la boucane sortir de ma bouche le matin. Ce n’est ni l’odeur froide, ni le festival des couleurs, ni les décorations d’Halloween qui m’indique l’arrivée de la saison qui précède l’hiver. Ici, c’est simple : le premier signe de l’automne est visible à trois endroits. Dans le visage d’Alexandre, dans celui d’Anne-Sophie ainsi que dans celui de Maxime. Un signe liquide et collant qui souvent s’étend d’une oreille à l’autre ou finit quelque part sur un de mes chandails ou sur une de leurs manches. Parfois clair, parfois teinté de jaune, le signe s’installe avec le changement de température et nous quitte après la fonte des neiges. Le signe reste avec nous entre 7 et 8 mois… Il découche parfois, mais rarement plus d’une ou deux semaines.

     Le signe ne se pointe jamais seul. Il vient accompagné. Avec lui, il apporte la toux, le larmoiement et s’il veut vraiment me rendre la vie impossible, il envoie un courriel de dernière minute à la fièvre, histoire de rendre le tout encore plus plaisant!

     Avec trois enfants, quand l’automne arrive, on devient fou!!! Lavage des mains, renforcement des mesures d’hygiène respiratoire, le Salinex, les pompes de Flovent et de Ventolin pour Anne-Sophie, l’achat compulsif de Tempra et d’Advil… Bref, l’automne m’énerve!

     J’ai beau tout faire pour garder la maison propre, pour habiller mes enfants de la tête aux pieds… rien à faire. Le nez qui coule fait dorénavant partie de ma vie… je devrai l’accepter ou consulter! D’ici là, je remplis mes poches de mouchoirs, j'achète du Purell et je revendique mon précieux titre…. d’essuyeuse en chef!

jeudi 13 octobre 2011

J'AI FINI!!!!!!!

Bon d’accord! Je suis impatiente. Je manifeste facilement mon impatience. Je travaille fort pour augmenter ma tolérance face à la frustration. Si comme moi vous avez des enfants, vous comprenez sûrement que je dois travailler sur moi afin d’aider mes enfants à devenir eux aussi plus patients.
Ceci étant dit, il reste plusieurs moments de la journée où, peu importe les explications répétées, mes enfants démontrent des signes d’impatience qui irritent la mienne.

À la fin de chaque repas, mes deux plus jeunes ont le même comportement : ils portent leur dernière bouchée à leur bouche à l’aide de leur main dominante, et avec l’autre repousse leur assiette loin… très loin devant eux. Ensuite, leurs lèvres se mettent à bouger et j’ai droit à un « J’AI FINI! » en do mineur. À cet instant, j’ai exactement huit nanosecondes pour retirer l’assiette, laver leurs mains et leur servir un dessert sinon… gare à moi! Mon bébé de 18 mois saisira son assiette et la retournera pour en déverser le contenu restant sur la tablette de sa chaise haute. Ensuite, ma fille de presque 4 ans se tournera vers moi en répétant qu’elle veut du dessert, tout en maculant sa chaise des résidus alimentaires présents sur ses petites menottes. Si je suis malchanceuse, elle déversera en entier le contenu de son verre de lait sur la table à force de se tortiller d’un côté à l’autre de sa chaise.

Repas après repas, je répète à mes enfants le plus calmement possible de patienter. Je leur explique que leur comportement n’est pas acceptable et que je ne me dois pas de répondre à leur ordre demande en moins de 10 secondes. Le regard perdu dans l’univers, leurs petits yeux me laissent croire que je parle cantonais!

Parfois, alors que je lis calmement dans le salon que je m’affaire dans la salle de lavage, mes oreilles sont soudainement horripilées par un autre « J’AI FINI! », cette fois-ci en si bémol! Je me dépêche donc d’aller voir ce qui se passe. Vous imaginez bien que je me retrouve dans une pièce commune où, habituellement, on préfère être seul! Mon travail de maman : essuyeuse en chef. Pas besoin de faire de dessin ici je crois… Que voulez-vous, l’apprentissage de la propreté ne consiste pas uniquement à ne plus faire dans une couche.

Parfois, je me demande ce qui se produirait si je faisais la même chose que mes enfants. Je m’imagine au restaurant, en train de hurler à tue-tête « J’AI FINI! » pour que la serveuse vienne débarrasser la table. Je m’imagine aussi à la station d’essence ou à la pharmacie, en train de crier devant une caisse sans caissière pour qu’on vienne m’aider à « finir ». Bref, vous saisissez certainement le topo!


Alors ce soir, croyez-moi… les deux « J’AI FINI » de la salle de bain combiné aux trois « J’AI FINI » du souper, des deux « J’AI FINI » du brossage de dents et des deux autres « J’AI FINI! » qui suivirent l’heure du bain… et bien j’ai un peu fini par en avoir assez que mes enfants ne soient pas encore capables de « finir » par EUX-MÊMES!

mercredi 12 octobre 2011

La pomme ne tombe jamais bien loin de l'arbre

     Je dois l'admettre. Mes inquiétudes face aux problématiques de mon fils m'ont poussé à me questionner sur moi-même. J'ai dû m'arrêter un instant et réfléchir à ce qui me perturbait le plus : savoir que mon fils souffre d'un TDAH, d'un TAG et d'un TOP... ou réaliser que mon fils me ressemblait un peu, beaucoup, passionnément... à la folie.

     Enfant, j'ai toujours eu beaucoup de difficulté à tenir en place. Je ne courais pas partout, je ne sautais pas partout, je ne criais pas non plus... mais je parlais. Sans arrêt. Du lever du soleil à l'apparition de l'astre de la nuit. Je commentais tout. Je questionnais sur tout. Je ne bougeais pas dans mon corps, je bougeais dans ma tête.

     Je créais mes propres scénarios de film : de la comédie romantique au drame psychologique. En classe, je faisais tout sauf écouter. Je dessinais, je gribouillais, je classais des feuilles, je retranscrivais des choses dans mon agenda. Parfois, j'étais interpellé par l'enseignant pour répondre à une question... et je m'en sortais! Va savoir pourquoi, je n'échouais jamais.

     J'ai fait mon parcours secondaire dans les classes enrichies : physique , chimie, biologie. Mon dernier bulletin de cinquième secondaire était prometteur : 95 % de moyenne générale... 103 absences. Je faisais à la maison ce que je n'étais pas capable de faire en classe en raison des multiples distractions, c'est-à-dire : APPRENDRE.

     Arrivée au CÉGEP, c'est la dégringolade. Inscrite en sciences de la santé, je n'arriverai tout simplement pas à écouter ce que mes enseignants me racontent. Contrairement au secondaire, je dois travailler d'arrache-pied pour arriver à suivre le rythme. Après quelques semaines : j'abandonne. Je me retrouve en sciences humaines avec mathématique. Les choses reviennent à la normale. Sans écouter, sans fournir d'effort, j'arrive à obtenir des résultats moyens. Je suis insatisfaite. Je n'ai pas été habitué à cela.

     Après mon DEC, je prendrai 6 mois de pause. J'ai besoin de réfléchir. Que vais-je faire de ma vie? C'est à ce moment que je rencontre mon amoureux. Je commence ma vie d'adulte.

     Bien consciente que je n'ai pas de diplôme pertinent en poche, je m'inscris en soins infirmiers. Ce sera difficile, mais je passerai à travers les 3 années de formation. J'aurai de bons résultats, mais, fidèle à moi-même, je terminerai tous mes travaux à la dernière minute, j'étudierai la veille des examens, mais je performerai.

     Je détesterai pratiquement tous les stages : j'ai horreur d'être suivi à la trace, je déteste l'autorité. Malgré tout, je réussirai chaque fois, avec de très bons commentaires sur mes aptitudes, sur mes connaissances, sur ma qualité de future infirmière.

     J'intégrerai le marché du travail comme infirmière en 2004. Je travaillerai à peine une année avant ma première grossesse. Je reviendrai sur le plancher en 2006 pour repartir fin 2007 pour ma seconde grossesse. Quand je reviendrai en 2009, je n'y arriverai plus.

     Infirmière à l'urgence, je réalise rapidement que je ne suis pas en mesure de répondre aux demandes multiples. Ma vie familiale débordante de responsabilités et de nouvelles tâches à accomplir, je craquerai... Je suis incapable de me concentrer.

     En septembre 2009, je suis enceinte de mon troisième enfant. Je travaille depuis peu à la centrale Info-Santé de Montréal. J'y serai très heureuse. Un client à la fois, une demande à la fois, mais surtout : le temps de réfléchir.

     Suite au début de la maternelle de mon fils, je rencontrerai une psychologue qui m'expliquera ceci : « Vous avez un TDAH. Plusieurs adultes en sont atteints. Un traitement pourrait changer votre vie. »

     Mon fils et moi avons donc débuté notre traitement pour le TDAH en même temps! Et ça a changé ma vie.

     Avec les années, les demandes multiples, que ce soit au boulot ou à la maison, ont fini par me rendre anxieuse. Je n'arrivais pas à m'organiser, à faire les choses dans un ordre logique. Maintenant, j'y arrive. Les pièces du casse-tête se placent enfin au bon endroit dans ma tête. Je suis capable de raisonner. J'ai mis fin à mon anxiété... surtout celle d'oublier de faire les choses que j'avais à faire.

     Ma mère a toujours dit non au Ritalin. Son discours : tu as besoin de bouger! Aujourd'hui, j'ai un enfant qui, comme moi, a de la difficulté à organiser sa pensée et son travail. Il est brillant, il apprend vite et sa vivacité est surprenante. Comme parent, nous aurions pu nous battre contre le système et repousser du revers de la main les traitements pharmacologiques. Nous ne l'avons pas fait.

     J'ai vécu 30 années avec un TDAH non traité. J'ai survécu. J'ai réussi mes études. Je suis allée à l'université. Mais j'aurais peut-être fait mieux si on m'avait aidé au moment où j'en avais le plus besoin. Si les neurostimulants sont controversés aujourd'hui... vous imaginez bien qu'ils l'étaient aussi dans les années 80. Je ne reproche rien à personne. Je suis par contre bien consciente que si je ne viens pas en aide à mon fils maintenant.... il sera déçu de son parcours plus tard...

     Mon fils me ressemble. Il a certaines de mes forces, et certaines de mes faiblesses.

     Et comme on le dit souvent :  la pomme ne tombe jamais très loin de l'arbre...

                             

mardi 11 octobre 2011

L'enfant de fer

À chaque achat de produit ménager potentiellement dangeureux, d'un bien matériel livré dans un sac en plastique, d'un objet pouvant contenir de très très très petits morceaux ainsi que lors de l'achat de médicaments, nous nous exposons à un risque. Nous savons tous que nos petits amours peuvent être tenté de boire l'eau de javel, de se faire un masque avec le sac en plastique ou de confondre des médicaments avec des bonbons.

Maintenant fermez les yeux (après avoir lu!) et tentez d'imaginez ceci:

Vous êtes en visite chez un membre de votre famille. Vos enfants vous accompagnent. Vous entrez dans la maison croyant que votre plus jeune reste dehors avec son père. Vous descendez au sous-sol pour trouver des jouets qui plairont à vos enfants et qui risque de vous procurer quelques heures de tranquilité. En remontant l'escalier, vous voyez votre bébé - toute les mère conviendrons avec moi qu'à 2 ans...c'est encore un bébé!- assis à la table de la cuisine, avec un flacon de médicaments dans les mains. Le sourire au lèvre, votre enfant vous regarde, brasse le flacon et vous dit:"Bonbon Maman!" Calmement, vous retirez le flacon des mains de votre garçons, vous lui dites que ce ne sont  pas des bonbons et vous placez le contenant hors de sa portée. Par réflexe maternelle, vous revenez vers lui et vous approchez de son visage... De la poudre sur le bord des lèvres, du rouge dissous sur ses joues... Ni une ni deux, vous insérez vos doigts dans sa bouche et il en ressort des résidu du médicaments, contenu dans le contenant que votre enfants exibait. Catastrophe!

Rapidement, vous prenez la bouteille et lisez l'inscription: sulfate ferreux...  Selon la date de renouvellement, il devrait rester 22 comprimés. La bouteille est...VIDE.

La panique s'installe. Pas de réponse au 811. Vous ne pensez pas à appeler le centre antipoison. En moins de 10 minutes, vous êtes en route avec votre conjoint et votre bébé vers l'urgence de l'hôpital. Votre garçon vomit. Il n'est pas bien. Votre coeur de mère veut exploser. Votre coeur de père vous pousse à accélérer.

Une fois à l'hôpital, vous expliquer la situation à l'infirmière du triage. Votre enfant est admis en réanimation. Le centre antipoison est contacté, mais les choses ne vont pas rondement. Il semble y avoir des délais d'intervention qui s'étirent... Vous savez que la situation est urgente...rien ne se passe. Tout à coup, l'urgentologue arrive, brasse un peu son équipe en expliquant que le seuil de toxicité de fer sanguin est atteint: Délai maximale d'intervention: 60 minutes.

En moins de deux, le levine est installé, le charbon est donné, le golyte débuté. Votre enfant vomis, a la diarrhée... Votre bébé ne va pas bien...vous le savez...Vous priez...

Après 28 heures à l'urgence, votre enfant est hors de danger. Mais il s'en est fallut de peut. Il aurait pu y passer. Vous le savez...

L'histoire que vous venez de lire est celle d'une amie et de son fils... une amie que j'aime et en qui j'ai confiance. Une mère extraordinaire qui connaît toute les règles de sécurité relative aux enfants et qui prend soins des siens et de ceux des autres de façon admirable.

Un accident, aussi bête soit-il, est et demeurera toujours un accident.


À Maryse et Jasmin:
Je vous aimes et je suis vraiment heureuse que Charles n'ai pas eu de séquelle de sa mauvaise expérience. Mon amie,  tu as dû passer les pires heures de ta vie. Te connaissant, tu as du repasser la scène dans ta tête des milliers et des milliers de fois. Ne laisse pas la culpabilité t'envahir. Un accident, aussi bête soit-il, est et demeurera toujours un accident!

lundi 10 octobre 2011

Mea-culpa

     Avant même de songer à avoir des enfants, je savais certaines choses qui me permettaient de me croire au-dessus de bien des choses.  
     Dès ma tendre enfance, j’ai été conditionnée à croire que l’hyperactivité était un phénomène normal, qui ne demandait que quelques ajustements. Ma mère m’expliquait souvent que les enfants hyperactifs n’avaient besoin que d’une chose : bouger. C’est probablement pour cette raison que je n’avais accès à notre demeure qu’à l’heure des repas. Je bougeais beaucoup. Je parlais sans arrêt. J’avais peur la nuit et j’avais beaucoup de difficulté à m’endormir.

     J’ai grandi avec la conviction que je n’étais pas hyperactive et que le Ritalin était une béquille dont les parents incompétents avaient besoin parce qu’ils ne savaient pas prendre soin convenablement de leurs enfants. Ma mère me disait souvent : jamais tu ne prendras ça. JAMAIS!

     Je suis devenue une adulte, et j’ai continué de véhiculer le même discours. Dans mon esprit, les enfants avaient besoin de bouger, uniquement et simplement.

     Près de 20 ans plus tard, je suis confrontée à mon propre discours. Je suis mère de trois enfants, dont un est hyperactif.

     À 18 mois, Alexandre ne faisait pratiquement plus de sieste. Ses calepins de garderie, que je garde précieusement et que je relis parfois, me rappellent que notre fils avait déjà énormément d’énergie et de caractère. Il a toujours été un enfant attachant, intelligent et volubile, mais avant même l’âge de trois ans il collaborait difficilement avec les adultes et refusait d’obtempérer. Nous avons joué à super Nanny plus d’une fois, avec peu de résultats.

     À son entrée au CPE, il s’intègre bien, mais fait fulminer certaines éducatrices. Toutefois, il en croisera quelques-unes qui arriveront à l’encadrer et à l'aider à fonctionner selon les règles établies.

     À son entrée à l’école, les choses se passent difficilement. La structure rigide et l’abondance de règles à respecter ont tôt fait de le rendre colérique et dérangeant. Les tâches sont difficiles à accomplir en classe, ses relations sociales sont perturbées et il en vient même à devenir violent.

     Dans mon esprit à moi, les enfants ont simplement et uniquement besoin de bouger.

     Après plusieurs semaines difficiles, une évaluation en psychologie et une rencontre avec le pédiatre, nous devons nous résigner : notre enfant est atteint d’un TDAH sévère de type mixte. Si nous ne l’aidons pas, il ne fonctionnera pas en classe… ni ailleurs.

     Dans mon esprit à moi, les enfants ont simplement et uniquement besoin de bouger.

     Nous acceptons donc de tenter l’usage d’une molécule chimique visant à aider notre fils à être plus attentif en classe et à parvenir à fonctionner selon les règles sociales et disciplinaires de notre système scolaire et de notre société.

     Près d’un an plus tard, Alexandre a changé de molécule trois fois et prend maintenant un autre médicament pour l’aider à dormir. Un an plus tard, j’administre des comprimés à mon enfant de 6 ans trois fois par jour : matin, midi et soir. Un an plus tard, force est d’admettre que certains enfants n’ont pas simplement et uniquement besoin de bouger.

     Je dois donc maintenant faire mon mea culpa de mère ignorante. Je dois me rendre à l’évidence qu’avant d’avoir les deux pieds dedans, on ne peut juger les parents qui se retrouvent devant un choix déchirant : administrer des médicaments à leur enfant pour lui permettre de réussir à l’école et dans la vie ou refuser de le faire en sachant qu’ils deviennent les auteurs d’une histoire dont on ne connaît ni le déroulement ni la fin.

     Comme parent, malgré les déchirements que cela a pu occasionner, nous avons choisi d’aider notre fils. Nous sommes passés dans le clan des méchants, dans celui des parents qui ne savent pas prendre soin de leur enfant convenablement. Si notre fils avait été diabétique ou épileptique, nous lui aurions administré ses médicaments, quotidiennement, sans remords de conscience. Les gens autour de nous auraient certainement eu beaucoup de compassion pour le drame que nous vivions. Malheureusement, le TDAH n’est pas le diabète ni l’épilepsie. Adieu compassion.

     Notre fils aura besoin de nous encore plusieurs années, peut-être plus que nos autres enfants. Il devra vivre avec le fait qu’il prend des médicaments pour un trouble que l’on ne voit pas et que l’on connaît peu. Il est déjà suffisamment intelligent pour comprendre que tous les enfants ne prennent pas de médicament. Il connaît les termes anxiété, déficit d’attention et… différence. Pour le moment, nos explications lui suffisent. Il sait que nous voulons l’aider et que c’est pour cela qu’il voit autant de spécialistes. Il serait prématuré de commencer à s’inquiéter pour le futur, mais vous savez comme moi que nous y avons songé. Que ferons-nous quand Alexandre voudra prendre sa première bière ou fumer son premier joint? Que ferons-nous s’il décide, par un beau matin ensoleillé, qu’il n’a pas besoin de médicaments et que dorénavant… il fonctionnera sans?

     À chaque comprimé que mon fils avale, j’ai un doute dans ma tête. Fais-je la bonne chose, ai-je vraiment envisagé toutes les autres solutions, ai-je accepté le traitement pharmacologique trop tôt? Trois fois par jour, je doute un peu plus.

     Mais quand mon fils revient enfin de l’école avec des cercles verts dans son agenda, quand il me parle enfin de ses jeux d’enfants avec ses amis et qu’il est content de tous les privilèges qu’il gagne à être capable de rester assis et concentré sur la tâche… les doutes s’envolent et je sais que je fais ce qu’il y a de mieux pour lui. Je fais de mon mieux. Je fais ce que je sais faire de mieux : être sa mère.