Qui êtes-vous ?

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Je suis comme toutes celles que vous connaissez. Je pourrais être votre soeur, votre amie, votre collègue ou simplement votre voisine. Ici, je vous parle de mon quotidien et de celui de ma famille pour mettre un peu de lumière sur la vie avec un enfant différent! mamantupperware@hotmail.ca

lundi 29 août 2011

Copain-Copines

                Les vacances, ça donne le temps de réfléchir, le temps de faire le bilan de l’année qui vient de s’écoulée. Certains prennent des résolutions le premier janvier, se promettent de cesser de fumer, de perdre du poids, d’appeler plus souvent leurs parents…D’autres choisissent de ne prendre aucune résolution, sachant très bien qu’ils ne les tiendront pas. Pour ma part, le temps des bilans arrivent avec la saison estivale. Comme une enfant qui termine une année scolaire, je jette de vieux cahiers usés,  je relis  certaines notes et je classe des dossiers. Cette année, ce fût difficile. Début des classes pour mon grand, retour au travail après un troisième congé de maternité, changement d’emploi, décision financière ardue, problème de santé, difficulté conjugale…bref, la totale! Rétrospectivement, ce fût une année difficile….
                J’ai eu trente ans cette année. J’ai trois enfants en santé, un bon emploi, un conjoint qui m’aime et qui est un bon père pour mes enfants. J’ai un toit sur la tête, de la nourriture sur la table et la chance d’être bien entouré. 
                Quand j’étais adolescente, la qualité de mes amitiés m’importait peu. Je connaissais beaucoup de gens, je sortais beaucoup, le téléphone ne dérougissait jamais. Si j’avais eu un compte Facebook à 16 ou 17 ans….j’aurais sûrement fait sauter le serveur! Aujourd’hui, c’est bien différent.
                Aujourd’hui, je connais encore beaucoup de gens, le téléphone sonne encore beaucoup…mais maintenant, je sais qui sera au bout du fil!
                À mon amie Cyntia, je peux tout dire, sans crainte d’être jugée. Avec elle, les choses sont simples et les vérités bonnes à dire et à entendre. Avec elle, j’ai le droit d’être moi-même, sans censure. Elle sait qu’elle peut m’appeler quand elle a besoin d’un conseil santé ou d’une oreille pour entendre son découragement ou sa fatigue. Elle sait aussi que j’ai confiance en elle et que je lui laisse mes enfants sans inquiétude. Elle sait que je l’appelle tous les matins et tous les soirs…pour rien…pour tout. Elle sait aussi que je la consulte tout le temps…pour tout… pour rien. Elle sait que son opinion est importante et que l’importance que je lui accorde est directement proportionnelle à la confiance que je lui porte. Elle sait que j’aime ses enfants et son mari, qui est aussi mon ami. Elle est définitivement le premier doigt de ma main gauche…celui en ligne direct avec mon cœur.
                Mon amie Audrey est celle qui me rappelle que j’existe en dehors de ma famille. Avec elle, je prends du temps pour moi. Je sors au resto, je vais au Spa. Ensemble, ce n’est pas compliqué… J’admire son énergie, sa capacité à réussir à tout faire sans l’ombre d’un cerne! Elle est d’une patience déconcertante…je ne l’ai jamais vu fâchée. Elle a le don avec les enfants. Elle les occupe, elle les divertit, elle a tout plein d’idée génial pour qu’on puisse prendre un verre de vin sans devoir jouer au gendarme avec notre marmaille
Avec Betty, ma petite chinoise, j’ai droit à la vérité vraie. Pas de détour. Si mes raisonnements sont insensés, je le saurai. Elle est toujours disponibles pour m’écouter, toujours réceptives chaque fois que j’ai une bulle à faire éclater. Avec elle rien n’est tabou! J’en perds parfois mon latin mais qu’à cela ne tienne, j’apprécie chacune de nos conversations qui me sort de ma zone de confort.  Un tantinet hypochondriaque, je lui offre parfois mon support avec ce qu’elle appelle les « maladies »… elle dévergonde mes petites oreilles…ça mérite bien un petit conseil ;-)…
Avec Papy, rien de plus simple : je suis officiellement sur le point de créer un autel à son image dans une pièce de ma maison! Il est mon ami, simplement, sans complication. Cet homme sait tout! Il peut faire l’horaire de travail d’une centaine de personne,  rédiger un plan d’intervention en santé mentale visant la réinsertion complète des résidents desquels il prend soin, diriger une maison d’édition, reformater un ordinateur, teindre un « chalet », créer un bloggg…. Mais surtout, il répond à son iPhone chaque fois que j’ai besoin d’être sortie d’un délire anxieux sans fin. Il m’offre généreusement son aide chaque fois où j’en ai besoin. Sans jugement, sans attentes, sans me charger des tarifs exorbitants… ( et il corrigera sûrement ce texte avant sa publication).
Avec Roxanne j’ai le droit d’être inquiète : que ce soit pour la santé de mes enfants ou la mienne, pour mon avenir professionnel, pour mon absence de talent culinaire, pour mon incapacité à avoir confiance en ce que je suis… Chaque conversation avec elle me donne le sourire, m’aide à reprendre confiance en moi. Les discussions sont fluides, faciles. L’amitié est vrais, l’émotion sincère. Je la porte en mon cœur comme une pierre précieuse.
Avec Nancy : PARTY! Le vin, les conversations, le plaisirs. Elle est drôle, spontanée, vive d’esprit. Elle me ramène sur terre, se moque gentiment de mes insécurités, de mes angoisses, de mes questionnements. Elle sait que même si je ne l’appelle pas, je ne l’oublie pas. Elle sait que l’amitié n’a pas besoin d’être compliquée. Elle sait que je l’aime…elle le savait même sans ce texte…
Les filles (et le gars!), si je ne vous avais pas, ma vie ne serait pas aussi complète. Ma vie serait sans odeur, sans couleur et clairement sans saveur.
À toutes les autres que j’oublie, que je ne nomme pas. À celles qui sont là un peu, beaucoup ou passionnément. À celle que je ne vois presque pas, à qui je ne parle pratiquement jamais…je ne vous oublie pas. Nous savons toutes que les médias sociaux nous permettent maintenant de partager notre amitié sans devoir gérer de conflits d’horaires…À toutes celles-là…que diriez-vous qu’enfin on se revoit?

Palpez ce sein que je ne saurais voir....

Mon amie,
                Je me souviens encore de la première fois où nous nous sommes rencontrées…   Dans la salle des employés de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Assise, calme, tu nous racontais ta triste expérience d’une grossesse interrompue.  Sereine, tu exprimais ta peine les yeux pleins d’espoir que ce ne soit que partie remise. Ce jour-là, j’ai su que tu serais mon amie.
                Tu as les yeux d’un bleu clair et limpide. Ta voix est d’une douceur qui rendrait jalouse les plus belles sirènes.  Toujours prête à aider, toujours disponible pour écouter. Tu m’as si souvent réconforté que les mots me manquent quand vient le temps de te montrer ma reconnaissance. Tu as été là quand ma fille était malade, quand je m’inquiétais sans raison pour une fièvre qui s’élevait un peu trop et tu m’as conseillée chaque fois que j’ai eu besoin de toi. C’est grâce à toi que je sais maintenant que la purée de carotte sert à épaissir une sauce à spaghetti…. C’est grâce à toi que j’ai eu le courage de changer d’emploi…. C’est grâce à toi que bien des fois, j’ai repris confiance en moi.
                Tu as 27 ans, deux belles petites filles en santé, un conjoint présent, un emploi que tu aimes. Tu inspires ceux qui t’entourent à donner le meilleur d’eux-mêmes.
                Aujourd’hui, tu m’as appris que tu es atteinte d’un cancer du sein. Aujourd’hui, je t’ai entendue pleurer pour la première fois. J’ai senti mes jambes fléchirent. J’ai senti mon cœur faiblir. Aujourd’hui, tu m’as appris que tu es atteinte d’un cancer du sein. Je n’ai pas su quoi dire. Je ne voulais pas mentir. Aujourd’hui je t’ai entendu me dire que tu es atteinte d’un cancer du sein…. Je t’ai écoutée m’expliquée qu’il est normal que je sois sous le choc, que chacune des personnes que tu as contactées l’a été. Tu m’as expliqué que j’y penserais beaucoup pour les prochains jours…que je trouverais cela injuste…que je serais triste. Aujourd’hui, tu m’as consolée parce que tu es atteinte d’un cancer du sein…
                Aujourd’hui, je t’ai écoutée m’expliquer que tu avais besoin de le dire. Que tu savais que tu devais prendre les choses une à la fois. Que tu désirais en savoir plus sur ce qui t’attendais, mais sans tout savoir. Que le plus difficile dans tout ça, c’est la tristesse de savoir que tes filles te verront malade. Que le plus triste dans tout ça, c’est qu’en 2011, une personne sur trois aura un cancer, et que la première chose que l’on se demande est : est-ce que ce sera moi? Aujourd’hui, je t’ai entendue pleurée… Aujourd’hui je n’ai pas été soulagée de ne pas être dans tes souliers. Mon amie aujourd’hui, j’aurais voulu te dire que je ne voulais pas que ce soit toi….la personne sur trois. Aujourd’hui, j’aurais voulu te dire que je te fais la promesse d’être là, à chacun de tes pas, à chaque fois où tu auras besoin de moi. Je te fais la promesse de t’envoyer chaque parcelle de mes pensées pour t’aider à surmonter la maladie et à faire face à chaque jour qui viendra.
                Aujourd’hui, tu m’as appris que tu as un cancer du sein. Aujourd’hui, j’ai appris que tu mènerais le plus grand combat de ta vie. Aujourd’hui, j’ai pleurée avec toi mon amie. Demain, je me battrai avec toi si tu le veux bien….
                Demain, je ferai connaître une partie de ton histoire pour que d’autres femmes sachent que le cancer du sein est réel, qu’il n’a pas de préférence pour les blondes ou les brunes, qu’il n’a rien à faire de l’âge, de la beauté ou de l’intelligence. Pour que les femmes sachent que personne n’est à l’abri de cette maladie.
                Aujourd’hui, demain et pour toute la durée de ton combat…je serai là. Tu peux compter sur moi!
                Je t’aime mon amie.

dimanche 28 août 2011

Info-Santé

J'arrive au boulot. J'ouvre mon ordinateur, je règle la hauteur de ma chaise et de mon clavier et je me connecte au réseau téléphonique... Je suis prêtes. J'actionne ma lige.  "Bonjour Info-Santé. Mon nom est Michelle Marcoux, infirmière. Comment puis-je vous aider?..."
    
Je répèterai cette phrase en moyenne 22 à 25 fois par quart de travail. À chaque appel un nouveau sujet, un nouveau client, de nouveaux symptômes, de nouvelles inquiétudes.  En l'espace d'une journée, j'aiderai une femme enceinte à soulager ses nausées de grossesse, je rassurerai une nouvelle mère qui ne sait plus où donner de la tête avec l'allaitement, j'offrirai des ressources à un nouvel arrivant, j'aiderai une adolescente au prise avec une grossesse non désirée et j'explirai la procédure d'hydratation à une mère dont les 3 enfants vomissent. Il m'arrivera aussi d'aider un homme ou une femme en détresse, sur le point de commettre l'irréparable, à aller chercher des ressources afin de reprendre sa vie en main. Je rassurerai peut-être aussi la conjointe épuisée d'un homme en phase terminale  devenu confus et qui refuse de prendre sa médication malgré des signes apparent de souffrance physique.
    
Je donnerai des conseils sur le soulagement de la douleur, sur le traitement de la fièvre, sur les saines habitudes de vies. Je ferai de l'enseignement sur la pilule contraceptive, sur le diabète, sur la diète sans gluten, sur les allergies saisonnière, sur le sevrage de l'allaitement maternel, sur le soulagement de la congestion nasal et sur les effets secondaires possibles de certains médicaments. Parfois, j'aiderai un client connu du CLSC à irriguer sa sonde, à changer sa collerette de colostomie ou  à s'auto-administrer un antibiotique intra-veineux.
    
À chacun des appels, je ferai une évaluation des symptômes décrits par l'appelant. Je baserai mon enseignement et mes recommandations sur ce que le client me dira. Parfois, malgré toute ma bonne volonté, je n'arriverai pas à résoudre le problème, je n'aurai pas de conseils efficaces, je ne saurai pas orienter le client ailleurs que vers le bureau du médecin.
   
Au Québec, les gens sont laissés à eux-même. Les nouvelles mères n'ont personne vers qui se tourner, personne à qui demander conseils. Les personnes âgées sont seules, avec une dosette tellement pleine qu'on y repère facilement toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Les adolescents sont laissés à eux-mêmes, devant leurs écrans d'ordinateurs, souvent privés de contact humain. Les enfants sont vaccinés contre bien des maladies, mais plusieurs sont mal nourris ou emboucanés par la fumée secondaire.
    
Pour certains, mon travail semble simpliste:  je ne fais qu'envoyer tout mes appelants à l'urgence. Pour d'autre, je suis une soure d'information, je suis une solution, je suis rassurante.... et je prends le temps. Il est clair que ne suis pas heureuse lorsque je dois conseiller à une mère de consutler de façon urgente pour de la fièvre avec une détérioration de l'état général chez le jeune enfant. Je ne suis pas plus heureuse lorsque les clients, à qui je conseille de demeurer à la maison, me disent clairement qu'ils sont trop inquiets et qu'ils préfèrent se rendre illico à l'urgence la plus près.
    
À tous ceux qui considère mon travail comme un service bas de gamme, dépourvus de démarche scientifique, je vous répond ceci: à chaque appel, je dois prendre une décision suite à  l'évaluation d'un tableau clinique décris par une personne inquiète, souvent dépourvus de connaissances médicales, et qui répond parfois de façon nébuleuse à ma collecte de donnée. Je suis à la mercie des banalisations et des exagérations, de l'anxiété et de la nonchalence. Et au bout du compte, je dois faire abstraction des délais d'attentes dans les urgences, des difficulté à consutler en sans rendez-vous les fins-de-semaines et de la pénurie de médecin qui s'aggrave au Québec.
    
À toutes les professionnels du réseau de la santé,  qui croient fermement que le service Info-Santé est dépourvu de sens, je vous dit ceci: les protocoles, élaborés par des professionnels de la santé et révisés régulièrement, me permettent de guider mes interventions et d'orienter ma décision. Par contre, j'utilise aussi mon jugement. Je  m'assure donc avant toute chose que mon questionnaires est complet et que mon analyse est juste. Je consulte régulièrement mes collègues qui, par leur expérience, peuvent amener un éclairage différents sur la problématique évaluée.
   
 Alors mettons les choses au clair. J'en ai  assez des commentaires désagréables au sujet du service Info-Santé. Avant de juger mon travail, dites vous que je travaille selon une démarche systémique d'évaluation qui a pour but de conseiller les gens et, idéalement, de les maintenir à domicile le plus longtemps possible. Comme tous les autres êtres humains, les infirmières d'info-santé font de leur mieux, selon leurs connaissances et en utilisant les protocoles mis en place. Et dites vous que si vous avez déjà rencontrer une infirmière ou un médecin incompétents dans les hôpitaux, vous pourrez en trouver à Info-santé.. Quand ceux et celles qui nous critiquent ouvertement auront l'initiative de venir passer 8 heures dans mes souliers...alors là...on pourra vraiment discuter! Parce que moi...j'ai déjà passée 8 heures dans les leurs!

jeudi 25 août 2011

RECHERCHÉ

            À chaque saison, je les cherche. Chaque fois que j’ouvre un tiroir trop plein, je suis pleine d’espoir d’enfin les trouver. Avant de jeter un vieux sac ou une vieille boîte, je m’assure qu’ils ne seraient pas au fond, attendant que je les retrouve.  Vous savez, je crois bien que j’ai commencé à les chercher en 2005. Au départ je n’en cherchais qu’un, en 2008 je me suis mise à en chercher deux et  depuis 2010, j’en cherche officiellement trois.
            Habituellement, ils viennent en trois langues. On y trouve la description du produit, sa marque de commerce, ses composantes…. Et surtout son mode d’utilisation. Il en existe pour tout! Du fer plat, au cellulaire, de la bouilloire en stainless au grille-pain à deux tranches. Il en existe pour les voitures, les bateaux, les camions, même pour les tampons!
Moi qui suis si organisée, je n’arrive pas à croire qu’ils sont introuvables. Chaque fois que j’en ai un nouveau je le mets en lieu sûr.  J’ai encore celui de mon premier téléphone cellulaire, de mon frigo, de ma poussette, de mon premier Bluetooth -égaré il y a longtemps sur le bord de l’autoroute 13... Je les ai tous, mais pas ces trois-là! Ils ne sont ni dans un de mes tiroirs, ni dans le fond d’un vieux  sac, ni dans ma voiture, ni dans mon garage.  En fait, je ne les ai jamais vus en vrai.  Je suppose, ou plutôt j’espère sincèrement leur existence.  Si Tupperware offre une garantie à vie sur leurs produits, avec une valeur de remplacement sans dépréciation, il serait inconcevable que les trois miens  ne le soient pas aussi!
Je crois bien que je devrai me résigner… on me les a sûrement volé! À moins que je ne les aie perdus…. avant même d’avoir mis la main dessus!  Bah! Dans l’fond, on s’en fiche. Si je les cherche depuis 5 ans, et que je me débrouille quand même sans…c’est sans doute parce que ce n’est pas si compliqué.  Et si ma grand-mère et ma mère ont, elles aussi,  su se débrouiller sans, c’est certainement parce que même si la technologie progresse à la vitesse de l’éclair…certaine chose reste les mêmes.
Alors à vous toutes qui, comme moi, chercher parfois – ou plutôt souvent- le mode d’emploi de vos enfants, cesser votre quête et faites-vous confiance.  Parce qu’il n’y a rien de plus frustrant qu’un manuel d’utilisation traduit de l’anglais au français qui vous oblige à recommencer, du début, tout le travail mal accompli dès le départ! ;-)

dimanche 21 août 2011

RESPIRES!!!!!



     Quelques instants et nous saurons… Nous saurons qui, de ton père ou moi, avait raison. Comme tous parents, le simple fait de savoir que tu as tous tes morceaux nous comble déjà de joie. Nous avons déjà pu voir tes petits pieds et tes petites mains. Nous avons repéré, avec l’aide de la technologue, tes reins et ton estomac. Nous savons que tout semble bien se passer pour toi. Maintenant que ces détails sont réglés, nous attendons avec impatience le verdict : fille ou garçon?
     J’ai le cœur qui débat. J’ai la vessie sur le point de rupture… Les yeux tellement ouverts et le cou tellement étirés vers l’écran qu’on dirait que j’essaie de me foutre en bas de la table d’examen! J’ai beau regarder, ce que je vois ne me confirme ou ne m’infirme pas ton genre! C’est épuisant de ne pas savoir….
     Le radiologiste arrive enfin. Il recommence l’examen! Un peu de gel, vire à gauche, vire à droite, la colonne, l’estomac, les reins, mesure du fémur, mesure du périmètre crânien, localise le placenta… Château que c’est long! M’explique que mon bébé sera énorme (rien d’étonnant si on considère que je souffre de diabète de type I), m’explique que je devrai recommencer l’échographie à 32 semaines pour évaluer la croissance de mon bébé… blablabla!!!!! Et enfin… Félicitations! Ce sera une fille!!!!
     La conjonctive jaunie d’avoir engloutie 40 oz d’eau il y a plus de deux heures, je pleure de joie! Enfin, j’aurai une fille! Une petite princesse! Une belle ballerine! Une grande championne! Mon conjoint est ému, il ne touche plus le sol. La première fille de la famille. La première petite-fille de mes beaux-parents. La première petite sœur de mon grand garçon!
     Le choc passé, je m’imagine déjà dans les magasins à la recherche de tous les vêtements roses, de toutes les peluches roses, de tous les doudous roses… Je ne sais pas comment tu t’appelleras, ni à quoi tu ressembleras, mais je sais que tu es attendue et que tu seras choyée!
     Tu as pointé ton nez le 9 février 2008. Tu as l’air d’un bébé inuit! Les cheveux noirs, les yeux noirs, le teint basané. Tu es magnifique, calme… parfaite. Collée contre mon cœur, je te chante les louanges de ton arrivée. Ma petite fille, ma belle Anne-Sophie. J’élabore déjà dans ma tête nos sorties de magasinage, nos discussions de filles, nos soirées pyjamas… Tu es encore petite, mais ne t’inquiètes pas, toi et moi, on en aura des choses à se raconter.
     À ta sortie de l’hôpital, ton grand frère est malade. Il fait une pneumonie. Il tousse, peine à respirer tellement il est congestionné et fait beaucoup de fièvre. Comme il t’aime beaucoup, il est constamment près de toi. Il fait attention pour ne pas te contaminer, mais malheureusement tu contractes son rhume… À ta 13e journée de vie, je dois constamment t’aider à libérer ton nez de toutes ces sécrétions verdâtres qui t’empêchent de boire et respirer. Je commence à être inquiète.
      À ton 14e jour de vie, je sors magasiner avec ton frère et toi. À notre retour, tu refuses de boire. Je m’inquiète… mais je ne vois rien. Je suis infirmière, si tu avais été le bébé d’une amie, j’aurais sûrement remarqué que tu peines à respirer, que tu présentes un battement des ailes du nez ainsi que du tirage. Mais je ne vois rien! Par chance, une amie est avec moi, elle te prend dans ses bras et me regarde d’un air grave. Elle me convainc de t’emmener à l’hôpital afin de m’assurer que tout va bien. Dieu merci je l’ai écouté.
      Après près d’une heure d’attente pour le triage, je reconnais une collègue infirmière de l’urgence à qui j’explique que tu sembles être en difficulté respiratoire. En 10 minutes, le médecin est auprès de toi et me confirme que ta respiration est laborieuse et que tu as certainement besoin d’un petit coup de pouce. L’inhalothérapeute arrive et aspire tout ce qui t’empêche de respirer. Ton père nous rejoint au même moment. Inquiet, il te prend dans ses bras et t’observe. Je fonds en larme dans les bras de mon amie qui n’a pas de mot pour me rassurer. Qui accueille mes larmes et ma culpabilité de n’avoir pas vu que tu n’allais pas bien, que tu ne respirais pas bien. Au même moment, ma vie bascule…
     Je me tourne vers toi. Tu es grise. Ton corps est mou. Tu sembles sans vie… Tu ne respires plus. L’infirmière près de toi voit la même chose que moi. Une panique s’installe rapidement. Je te prends des bras de ton père qui, confus, se lève et me suit… Je cours avec toi dans les bras vers la salle de réanimation. Je crie. Je suis hystérique. Tu es tellement molle que j’ai l’impression d’avoir une poupée de chiffon entre les doigts. Ma petite fille ne respire pas. Va savoir pourquoi, en entrant dans la salle de réanimation je te tape dans le dos, je te secoue presque. Je te crie de respirer! Anne-Sophie, RESPIRE!!!!!!!!!!!!!!!!
     La suite des évènements reste nébuleuse. Je ne sais pas qui était là, je ne me souviens même pas si ton père était auprès de moi. Je sais seulement que mon regard n’a jamais dévié : je n’avais d’yeux que pour toi. Ton petit corps flasque, ton teint grisâtre, tes petites mains bleutées… Le vide en moi était tellement grand et la douleur tellement vive que je ne sais même pas à quel moment tu as repris ton souffle. Je ne sais même pas à quel moment tu as recommencé à respirer.
     Mes souvenirs reviennent au moment où un infirmier me dit que je peux te prendre dans mes bras… où un infirmier me répète que je peux te prendre dans mes bras… où un infirmier s’approche et me dit de te prendre dans mes bras… Délicatement, je soulève ton petit corps et approche mon visage du tien. Tu as le visage presque entièrement couvert par un masque d’oxygène, ton petit bras est immobilisé par une petite planche qui dissimule la tubulure de ton soluté, ton torse nu est couvert d’électrode… mais enfin, tu respires!
     Tu séjourneras 10 jours aux soins intensifs pédiatriques de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Tu mettras 10 jours à reprendre du mieux et à finalement pouvoir respirer sans aide. En 10 jours, tu me prouveras ta force, ta vigueur, ta volonté. Un mauvais virus respiratoire t’aura permis de nous montrer ta ténacité et ton courage. Pendant ce temps, j’aurai sans aucun doute pleuré toutes les larmes de mon corps, toutes les larmes de mon cœur. J’ai tellement eu peur…
     Aujourd’hui, tu as une peau claire et satinée, les cheveux couleur or et les yeux couleur du ciel. Ta voix est claire, ton esprit est vif, tu es tout simplement magnifique! Comme toutes les petites filles de 3 ans, tu cours, tu chantes et tu danses. Tu adores faire du vélo, aller à la piscine, faire du patin et manger de la crème glacée. Tu fais la joie autour de toi par ton humour et ta capacité à t’émerveiller devant les choses simples. Tu es toujours heureuse, souriante et tu ne demandes jamais rien. Tu respectes les consignes, tu es raisonnable et tu es toujours au bon endroit au bon moment.
     À chaque jour qui passe, je remercie le ciel d’avoir eu une amie, près de moi, pour réaliser que tu n’allais pas bien, que tu ne respirais pas bien. Je remercie le ciel d’avoir écouté cette amie et de t’avoir conduit aux urgences pour que tu reçoives les soins dont tu avais tant besoin…
     Et chaque jour qui passe, je remercie le ciel que ton 14e jour de vie n’ai pas été le dernier.